Thursday, 26 March 2009

UN AUTRE DISCOURS!

Ci-dessous l'intégralité du discours de Vital Kamerhe à l'occasion de la présentation de sa démission.

DISCOURS DE L'HONORABLE VITAL KAMERHE, A L'OCCASION DE LA PRESENTATION DE SA DEMISSION DE SES FONCTIONS DE PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE, LE 25 MARS 2009

Honorables Députés et Chers Collègues,

Lors de mon intervention sur Radio OKAPI, le 21 janvier 2009, en rapport avec le début des opérations militaires conjointes entre nos forces armées et celles de la République du RWANDA dans la province du Nord Kivu, j'avais déclaré que je n'en étais pas informé et que, si cela était vrai, ce serait grave parce que j'avais estimé que, compte tenu des dégâts collatéraux importants occasionnés en Province Orientale par une opération similaire avec l'armée ougandaise et celle du Sud-Soudan pour neutraliser les rebelles de la LRA, le Gouvernement devrait prendre des précautions pour éviter que la même situation ne se reproduise au Nord-Kivu.

Cette déclaration a été mal appréciée par ma famille politique qui a estimé que j'avais commis un crime de lèse majesté, car je venais, semble-t-il, de contredire le Chef de l'Etat, Chef de ma famille politique.

J'ai été astreint à la démission avec en prime une forte campagne de diabolisation et des injures gratuites sur ma personne à travers toute la presse, écrite et audiovisuelle tant privée que publique et ce, sans ménagement, ni le moindre égard à mes fonctions de Président de l'Assemblée nationale.

C'est le lieu de déplorer la culture de l'injure publique, de la délation et de l'immoralité dans la sphère politique congolaise, car nous, hommes politiques, avons l'obligation de servir de modèle aux jeunes générations et à la société congolaise toute entière.

Mon parti politique, par notre Secrétaire Général, m'a écrit pour m'inviter à démissionner sans délai.

Cependant, toutes ces demandes insistantes de ma famille politique m'étaient présentées pendant les vacances parlementaires, donc en l'absence de vous tous qui m'avez élu.

Ainsi que je l'ai dit dans mon discours d'ouverture de la présente session, j'avais entendu ce que mon parti politique, le PPRD et la hiérarchie de ma famille politique m'avaient demandé. Mais en même temps, j'étais aussi à l'écoute de notre peuple qui, à travers les églises, les organisations de défense des Droits de l'Homme, la Diaspora Congolaise, la jeunesse congolaise et toutes les forces vives, exprimait, dans une belle harmonie, la soif et le désir ardent de voir les hommes politiques que nous sommes, préserver les acquis démocratiques et se conformer à la légalité constitutionnelle pour briser définitivement la spirale d'éternels recommencements, caractéristique de la marche de nos institutions depuis 1960, à cause des querelles politiciennes.

Le grand combat que chacun de nous doit mener, comme le disait Gandhi, c'est contre soi-même pour repousser cette nature qui nous habite et qui nous pousse à détruire ce que nous avons construit, même au prix du sacrifice suprême.

C'est pourquoi je n'avais pas démissionné pendant les vacances parlementaires, comme mes collègues membres du Bureau qui avaient reçu la même instruction pour je ne sais quelle faute qu'ils auraient commise collectivement. J'ai la pleine conscience qu'ils ont payé le prix de ce qui m'a été reproché, alors qu'en réalité, ils n'ont rien fait!

Cependant, je n'ai pas le sentiment d'être responsable de ce qui leur est arrivé, car la faute, si faute il y a, doit être individuelle et directe. Je voudrais tout simplement leur dire que ce sont là, les aléas de la politique dans notre pays dont je suis moi-même victime.

Sans chercher à me justifier outre mesure, laissez-moi dire quand même un mot au sujet de la faute qui m'est imputée. En effet, l'article 213 de la Constitution dispose ce qui suit, je cite: " le Président de la République négocie et ratifie les traités et accords internationaux. Le Gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à ratification après délibération en Conseil des ministres. Il en informe l'Assemblée nationale et le Sénat ".

L'Assemblée nationale est informée par son Président que je suis. Je ne me souviens pas, à ce jour, avoir reçu l'information du Gouvernement sur l'accord signé avec le RWANDA pour les opérations militaires conjointes dans le Nord-Kivu. C'est une obligation constitutionnelle du Gouvernement et non du Président de la République.

Voilà pourquoi j'avais dit que je n'étais pas informé. Cela était et reste vrai. La gravité de cette opération tenait, à mes yeux, non seulement au fait que le Gouvernement avait officiellement annoncé, par la bouche de son Porte-parole, l'invitation de quelques officiers de renseignement de l'armée rwandaise pour assister à la traque des ex-FAR, FDLR et Interhamwe par notre armée, mais aussi et surtout parce qu'il y avait manifestement violation par le Gouvernement des dispositions sus rappelées de la Constitution de la République.

Au fait, si jamais il y avait un problème, il s'agirait d'un problème entre l'Assemblée nationale et le Gouvernement. Je n'ai donc jamais compris comment on est arrivé à y mêler le Président de la République, Chef de ma famille politique, et à créer artificiellement un problème entre Lui et moi. Le Président de la République, je le répète, ne doit pas servir de bouclier au Gouvernement, ni à ses membres qui eux ont l'obligation de rendre compte de leur gestion à l'Assemblée nationale. Nous devons ramener le Chef de l'Etat à son rôle d'arbitre neutre pour qu'il veille au bon fonctionnement de l'ensemble des institutions conformément à l'article 69 de la Constitution. Il ne doit pas non plus être l'otage d'un groupement politique quelconque parce que la Constitution le place au dessus de la mêlée.

Mais le vin est tiré, amer ou aigre, il faut le boire.

Honorables Députés et Chers Collègues,

Nous voilà aujourd'hui à la croisée des chemins. Je dois opérer, avec vous, un choix et le bon. Notre seul fil conducteur doit être la lutte pour la préservation et la sauvegarde de la démocratie et de la légalité dans notre pays ainsi que l'indépendance du Député national, lequel ne doit pas être astreint à un mandat impératif en vertu de l'article 101, alinéa 5 de la Constitution. Le mandat dont nous sommes investis nous lie directement par un contrat social et politique avec le peuple congolais. Nous devons donc à tout moment rechercher son intérêt et nous mettre à son écoute pour connaître ses attentes et ses intérêts pour mieux le défendre. C'est donc à lui et à lui seul que nous rendons compte de notre mandat.

Honorables Députés et Chers Collègues,

Nous avons le choix entre deux voies constitutionnelles valables.

La première possibilité qui s'offre à nous, est celle de poursuivre le processus enclenché jusqu'au vote à bulletin secret afin que les urnes parlent.

Au-delà du résultat arithmétique auquel ce vote pourrait conduire, personne dans cette salle ne peut nous dire avec exactitude de quoi demain sera fait. Personne ne peut parier que la démocratie et la paix sociale chèrement acquises en sortiront intactes.

Personne non plus ne peut parier que l'Assemblée nationale qui a su démontrer à la face du monde son engagement clair et net en faveur de la défense de la démocratie, ne sera pas déstabilisée ou à tout le moins, ne connaîtra pas de fonctionnement tumultueux.

La deuxième possibilité qui est tout aussi constitutionnelle, est celle de privilégier et de sauver la démocratie qui peut continuer et se renforcer sans que nécessairement un homme, qui qu'il soit, même pas Vital KAMERHE, reste absolument au perchoir comme Président de l'Assemblée nationale.

Puisant dans la sagesse du Roi Salomon appelé à trancher le conflit entre deux femmes qui se disputaient un enfant, - tous les chrétiens connaissent l'histoire-j'ai opté pour la voie la moins périlleuse et la moins couteuse pour le peuple congolais qui a démontré, à travers les années, son attachement à la démocratie.

Je pense notamment aux martyrs de l'indépendance, aux martyrs de la pentecôte et aux autres martyrs tombés lors de la marche pacifique des chrétiens du 16 février 1992, alors qu'ils réclamaient la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine.

Je pense aussi à tous ces hommes de Dieu pour ne pas les citer tous, Mgrs MUNZIHIRWA, KATALIKO et Charles MBOGA.

Je pense enfin à tous les autres martyrs anonymes qui sont tombés sur les champs de batailles lors des différentes rebellions et guerres d'agression.

Je ne voudrais pas lever l'option qui risque de nous conduire dans des situations incontrôlées et incontrôlables, dans des situations qui peuvent encore alourdir le bilan macabre des morts au sein de notre population. Le sens de notre combat doit demeurer la consolidation de la démocratie dans notre pays.

Je suis d'avis que nous devons nous prévenir du syndrome de déstabilisation des institutions démocratiquement établies par des putschs observés ces derniers temps ça et là en Afrique. Ce serait un grand retour en arrière.

C'est pourquoi, je lance un appel à l'apaisement et au calme en direction de toute la population de l'intérieur comme de l'extérieur du pays.

Nous devons bannir à jamais la violence et les rebellions. Nous devons ensemble continuer le combat de la démocratie par des voies pacifiques.

Nous devons, Honorables Députés et Chers Collègues, Majorité comme Opposition, faire le choix d'aller de l'avant et de défendre sans relâche la démocratie et les valeurs républicaines pour le renouveau de la classe politique congolaise qui doit prendre l'engagement de reconstruire un Congo où il fait beau vivre.

Honorables Députés et Chers Collègues,

Je sais que beaucoup parmi vous, chacun devant sa conscience, aujourd'hui ou peut-être demain, vous n'êtes pas convaincu de vraies raisons de ma démission. Mais c'est comme qui dirait que la politique à ses raisons que la raison ignore.

Je ne voudrais pas inscrire mon nom dans l'histoire des blocages des institutions acquises chèrement par notre peuple au prix de son sang. Je ne voudrais pas non plus trahir la mémoire de nos pères de l'indépendance, des artisans de l'unité nationale et de la libération, encore moins de ceux qui ont sacrifié leurs vie et jeunesse pour l'avènement et l'émergence de la démocratie dans notre pays.

Mes pensées vont notamment à papa Simon KIMBANGU, à Joseph KASA-VUBU, à Patrice Emery LUMUMBA, à Joseph Désiré MOBUTU SESE SEKO, à Mzee Laurent Désiré KABILA pour les morts et à Joseph KABILA, à Etienne TSHISEKEDI WA MULUMBA, à Antoine GIZENGA FUNDJI, à Monseigneur Laurent MONSENGWO PASSINY A et autres pour les vivants. Les mêmes pensées vont aussi en direction de ceux qui ont permis la réconciliation nationale qui nous a conduits aux élections démocratiques en 2006. Il s'agit particulièrement des animateurs de la Transition sous la formule 1 + 4, j'ai nommé en plus du Président de la République, Joseph KABILA déjà cité ci-haut, les anciens Vice-Présidents de la République JeanPierre BEMBA, Arthur ZAIDI NGOMA, AZARIAS RUBERWA et YERODIA ABDOULA YE NDOMBASI.

Honorables Députés et Chers Collègues,

Mon vœu le plus ardent est que nous ne transigions jamais, sous quelques pressions que se soient, sur les missions constitutionnelles dévolues à l'Assemblée nationale, à savoir l'élaboration des lois et le contrôle ainsi que, le cas échéant, la sanction positive ou négative des membres du Gouvernement et des dirigeants des entreprises publiques, des établissements et services publics.

Nous veillerons à la liberté d'expression, au respect et à la tolérance des opinions de tout un chacun.

Un parlement démocratique est celui dans lequel la majorité n'étouffe pas l'opposition, en même temps que cette dernière s'incline sportivement devant la loi de la majorité. Il est aussi celui dans lequel les questions d'intérêt national mettent tout le monde d'accord.

Je suis heureux que cela soit le cas au sein de notre hémicycle jusqu'à ce jour. C'est pourquoi je vous remercie, Honorables Députés et Chers Collègues, pour votre amour et pour m'avoir facilité la tâche à la direction de notre chère institution. Merci de tout cœur.

Que les collègues du Sénat trouvent ici l'expression de ma reconnaissance pour le travail de production législative que nous avons réalisé ensemble dans un esprit de famille parlementaire. Je pense particulièrement à son Président, l'Honorable Léon KENGO WA DONDO.

Je ne peux oublier les amis de la communauté internationale pour leur collaboration et sages conseils, lesquels ont contribué à la bonne marche de nos travaux.

Mes remerciements s'adressent aussi à tous le personnel politique et agents de l'Administration de l'Assemblée nationale, ces héros dans l'ombre, sans lesquels nous n'aurions pu brandir le modeste bilan qui est le nôtre aujourd'hui où nous sommes à mi chemin de notre mandat.

J'exprime ma gratitude aux amis de la presse qui nous ont accompagnés dans notre délicate mission.

Je remercie enfin et de manière particulière, l'ensemble de la population congolaise qui, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, a apprécié nos débats et nous a toujours accompagnés par ses prières surtout pendant les moments les plus difficiles des nos travaux. Je lui en sais gré et lui promets de demeurer toujours à son écoute et à son service.

Honorables Députés et Chers Collègues,

Ainsi que je l'avais promis dans mon discours du 16 mars 2009, à la demande de ma famille politique, j'ai soumis la question de ma démission à la Conférence des Présidents que j'ai réunie en date du 19 mars 2009, laquelle l'a retenue à l'ordre du jour de la présente plénière.

Un homme d'Etat est celui qui non seulement observe scrupuleusement la Constitution et les lois de son pays, mais aussi et surtout, celui qui est esclave de sa propre parole.

C'est pourquoi, tout en vous remerciant pour avoir cru à l'action que nous avons menée ensemble ici dans notre institution, je vous prie de bien vouloir accepter ma démission sans débat, ni vote.

En attendant l'élection du nouveau Bureau et la remise et reprise avec celui-ci, le Bureau que je préside expédie les affaires courantes conformément aux principes généraux de droit administratif.

Faisant miens les propos de Il THESSALONICIENS 3, 16: je cite " Que le Seigneur qui donne la paix vous accorde lui-même la paix de toute manière et en toutes circonstances. Que le Seigneur soit avec vous tous".

A Dieu seul soit la Gloire, l'Honneur et la Puissance.

Louez l'Eternel, car il est bon, car sa miséricorde et son amour dure à jamais. (Psaumes 136).

Dieu aime le Congo et je crois en l'avenir de mon pays. Que Vive la République Démocratique du Congo

Que Vive l'Assemblée nationale

Que Vive la Démocratie

Je vous remercie.

2 comments:

Anonymous said...

Ce discours est lénifiant, plein de contradictions monstrueuses et peu digne d'un honorable.
Monsieur Kamerhe en met de trop...

Ignorait-il que l'intervention militaire du Rwanda était sous couvert du gouvernement et du président pour la contester? Sinon, en quoi le fait de l'informer pouvait-il avoir un effet collatéral positif sur ces opérations? Que pouvait faire le gouvernement qu'il n'a pas pu fait dans la Province Orientale avec l'autre intervention? Rien.
Est-ce du courage ou de la témérité?

On se demande pourquoi, dans son long discours, il a omis d'autres "bienfaiteurs" du pays appelé Congo à côté de Mobutu, Yerodia ou Mze Kabila et j'en passe. Peut-être pouvait-il ajouter Léopold II et ses successeurs ...
Dommage, peut-être aurait-il pu se taire et agir en douceur sans brusquer pour mieux servir son pays en restant en place.

Au fait, qui voulait-il protéger? Nkunda ou les FDLR?

Bagambiki

Antoinette said...

Ses propres intérêts qui incluent ceux des FDLR! Gardez en tête la connection avec le caissier de ces forces qui siège à BKV!