Pourquoi le CNDP exige des négociations directes, avec une médiation et dans un pays neutre ?
Ceux qui suivent avec constance les différentes étapes dans l’évolution de la crise à l’Est de la RDC ne sont pas surpris par les déclarations rhétoriques de Joseph Kabila, de son représentant dans le programme Amani, et du président de l’assemblée nationale. Ils ne sont pas non plus surpris par les manifestations diverses organisées dans les rues contre la MONUC ou contre les violents combats que les FARDC mènent pour provoquer les troupes du CNDP. Finalement, ils ne sont pas surpris par la ritournelle du programme de désengagement que Alan Doss a dû produire en vitesse pendant que Kabila était encore à Goma.
Quelques prémisses
Pourquoi rien de tout ceci n’est pas étonnant ? C’est parce qu’en décembre 2007, après la défaite de Mushaki, le gouvernement, pour éviter une négociation directe avec les vainqueurs de Mushaki, le gouvernement recourut à la conférence de Goma. Disons tout de suite que, quoi que vainqueurs, les troupes du CNDP ne sont pas bellicistes. Ils se battent contre la provocations des FARDC et pour défendre la population innocente contre les exactions des FDLR. Tant que ces génocidaires soumettront les populations du Kivu à leurs crimes, le CNDP se battra pour la défendre. La déclaration de Kabila d’utiliser tous les moyens pour apporter la paix n’est pas non plus nouvelle, car l’on sait que pour lui la fin justifie les moyens ! Son accusation du pays voisin n’est pas nouvelle non plus d’autant plus qu’il s’agit de rejeter la responsabilité des échecs de son gouvernement à des tiers, qui souvent ne sont pas concernés. Quant au programme de désengagement hâtivement produit par la MONUC, il répond à la logique de Kabila, de forcer la paix sans une négociation politique franche sur le fond des raisons de la crise qui dure depuis quatre ans maintenant. La MONUC sait très bien qu’il est absolument superflu d’envisager un quelconque plan de désengagement aussi longtemps que les génocidaires demeurent actifs dans leurs objectifs au Nord comme au Sud Kivu. Toute la communauté internationale, généralement plus au courant des enjeux que les extrémistes du gouvernement Kabila, est consciente qu’aussi longtemps que Kinshasa ne rapatriera pas les FDLR et au contraire, continuera à les utiliser comme alliées, il n’aura pas d’argument pour forcer un désengagement quelconque de la part des rebelles.
L’opinion dûment alertée
Ceux-ci, contrairement au gouvernement, ne travaillent pas en ordre dispersé, même si Kinshasa a tout fait pour les détruire. Ils prennent soin de prendre à témoin l’opinion sur leur position ainsi que celle du gouvernement et celle de ladite communauté internationale. Par exemple, une lettre du CNDP a rappelé au Chef de la MONUC qu’en date du 11 septembre, la Direction Politique du mouvement avait décrété un cessez-le feu unilatéral et opéré un retrait immédiat de toutes les positions conquises depuis la reprise des hostilités. Un retrait, rappelle la lettre, dont la MONUC a été en mesure de vérifier la réalité sur le terrain. Avec cela, le mouvement s’attendait à ce que l’adversaire, à savoir le Gouvernement saisirait la main tendue pour agir en conséquence. Malheureusement, celui-ci a, comme toujours, traité ce geste de paix par le plus grand mépris, assuré de l’appui décisif, croit-il, de ses forces supplétives que sont les FDLR/ex-FAR/Interahamwe, le PARECO et les diverses factions MAY MAY. Cela s’explique par le fait qu’ayant déclenché les hostilités pour rétablir par la force l’exercice de l’Autorité de l’Etat dans les zones sous contrôle du Mouvement, ainsi que ce dernier l’avait démontré dans son Communiqué du 28 août dernier, le pouvoir n’entend pas s’arrêter avant d’avoir gagné sa guerre en terrassant le CNDP. C’est pourquoi, le déploiement de ses troupes ne se dément pas, au contraire, il s’intensifie.
Propos indus
A côté du déploiement belliciste dont le Mouvement a les détails, les politiciens ne sont pas en reste. TCHIKEZ DIEMU, ministre de la défense a, dans une conférence de presse, traité le Chairman du CNDP de « bandit, Satan, Ben Laden, Karadzic ». Il affirmé que le CNDP est « un serpent dont la tête a déjà été coupée et dont seul le corps bouge encore en attendant d’expirer sous les coups de boutoir des FARDC ». Les députés extrémistes SEKIMONYO et BARIYANGA, et le Président de l’Assemblée Provinciale ont fait des déclarations du même ton à Rubare et à Rugari où, en outre, ils félicitaient les jeunes gens qui avaient attaqué la MONUC à Rutshuru.Le Général-Major Denis KALUME NUMBI a déclaré, quant à lui, à la jeunesse de Goma : «NKUNDA et les siens ont entrepris de nous entraîner dans la logique de partage du pouvoir, leur a-t-il martelé en substance. Et ça c’est impensable. Mais en fait, le problème n’est plus NKUNDA ni le CNDP. Le problème, c’est un petit pays voisin qui les utilise pour nous déstabiliser. Alors, si vous ne voulez pas être asservis, prenez-vous en charge, commencez à agir comme les jeunes palestiniens et faites-vous sauter sur les partisans du CNDP que vous rencontrerez en ville. Si vous avez besoin de ceintures de dynamite, nous vous les fournirons ». Cette déclaration se passe de tout commentaire.
Hypocrisie de la Communauté internationale
La communauté internationale qui, à travers la MONUC, tente de suggérer un plan de désengagement complaisant, ne peut pas oublier qu’au terme du « Communiqué de Nairobi », le Gouvernement s’était engagé avec le soutien de la MONUC à mettre définitivement fin, de gré ou de force, entre le 15 mars et le 15 juin 2008, à la présence des FDLR/ex-FAR/Interahamwe en RDC.
Et le Conseil de Sécurité qui suggère que le CNDP dépose les armes au lieu de convaincre le gouvernement de Kinshasa de négocier sur les causes politiques de la crise, pense qu’il est normal de fermer les yeux devant les responsabilités du Gouvernement KABILA qui utilise les forces génocidaires pour perpétuer l’instabilité dans les Kivu. Ce même Conseil de Sécurité voudrait que le CNDP, qui est un Mouvement politico-militaire congolais, dépose les armes pour laisser le champ libre à des forces illégales et criminelles étrangères ayant entrepris de soumettre tout une partie de la population congolaise contrainte de vivre sous leur joug ou de s’exiler pour leur échapper.
Cependant cela est simplement le signe qui montre que les Nations Unies croient qu’il n’y a plus de patriotes en RDC. La lettre du CNDP à Alan Doss remarque que même si l’ONU devait donner à la MONUC « un mandat plus musclé », comme le suggèrent certains, paraît-il, ou faire intervenir une opération « Artémis bis », comme l’a souhaité le Président de l’Assemblée Nationale, KAMERE Vital, cela ne change rien à position de ces vrais patriotes: s’il faut mourir jusqu’au dernier pour que soit recouvrée « la dignité du Congo et des Congolais », ils y sont préparés depuis maintenant plus de 4 ans. En attendant, l’incessant déploiement des troupes gouvernementales et de leurs supplétifs ainsi que le harcèlement qu’elles continuent d’exercer sur les positions du CNDP ne laissent à celui-ci aucune autre alternative que d’y faire face. Dès maintenant.
Pourquoi négocier avec une médiation et en pays neutresDe tout ce qui précède, l’on déduit :
- Que l’option militaire demeure absolument une erreur car les problèmes sécuritaires du Kivu ont des causes politiques qu’il faut négocier
- Que le gouvernement congolais devrait reconnaître qu’il faut faire face à cette négociation sans chercher d’autres subterfuges qui risquent de finir en flop comme la conférence de Goma, qu’il a d’ailleurs torpillée sciemment
- Qu’aucun plan de désengagement ne peut être envisagé tant que le rapatriement des FDLR n’a pas été effectué.
- Que la communauté internationale doit léver le voile de son ignorance voulue pour éviter de se trouver impliquée dans un nouvel échec comme en Somalie dans les années 1990 ou comme avec la tristement célèbre opération turquoise.
- Qu’il n’y a pas de possibilité d’assurer la neutralité en RDC, les propos des ministres clés sont on ne plus clairs; et les représentants de la communauté internationale jusque là impliqués dans AMANI ne sont plus capables d’assurer cette neutralité. L’échappatoire de Mbusa Nyamwisi qui dit ne pas vouloir négocier avec le CNDP car celui-ci n’est pas un État, souligne simplement la mauvaise foi qui ignore la meilleure manière de trouver une solution efficace à un problème qui dure depuis trop longtemps.