A en croire l'analyse de Neil Campell dont j'ai parlée ici la semaine dernière (http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=5847), la médiation ne peut rien. Si la logique que cette médiation doit preserver est celle qui considère la problèmatique politique du Kivu comme une question sécuritaire entre le Rwanda et le Congo, et par conséquent ses solutions comme étant l'accord de Nairobi de Novembre 2007 et le programme Amani auquel s'accroche la délégation congolaise, les négociations en cours sont une masquarade qui ne menera nulle part. Pourquoi? Tout simplement parce que cette logique défend l'agenda de la communauté internationale, surtout dans sa version onusienne et ONGienne, qui veut à tout prix défendre le leadership corrompu de Kinshasa. C'est cette même logique "internationale" qui veut absolument discréditer le CNDP en tant que protagoniste d'un changement de mentalité dans la perspective politique du pays. Mais c'est un peu tard, dès lors qu'il y a un dialogue, même apparement infructueux entre le gouvernement et ce mouvement sous la médiation de l'ONU, il y a une reconnaissance publique incontestable. Puisqu'on en est arrivé là, les vautours cherchent à faire faire du place à ces négociations, ou tout simplement à les faire flopper. Ils n'ont pas cru qu'ils avaient en face un mouvement qui a une vision pour la RDC. A force de lui avoir collé le nom de Tutsi, on a cru que cela suffisait pour qualifier le CNDP de Rwandais, en espérant que les passions déstructrices qu'un tel qualificatif a acquis, grace à la communauté internationale et aux extremistes, on ravirait au CNDP sa cause. Peine perdue!
Si la médiation d'Olosegun Obasanjo , Benjamin Mkapa et l'hote, Moses Wetangula, veut faire avancer la cause de la paix, elle doit impérativement se rendre compte que l'agenda (je ne parle pas de mandat) qu'il lui a été demandé de défendre constitue en soi un obstacle à la paix. Il est impossible d'envisager que le CNDP puisse adhérer tête baissée aux termes d'un agenda qui laisse entières les questions politiques qu'il pose. La médiation devrait convaincre ses mandataires que le cadre où ils veulent confiner le processus est néfaste pour le Congo. Il est, à la rigueur, profitable seulement au régime amorphe et budgétivore qui siège à Kinshasa et que nous devons aux bons soins de ceux qui ont mandaté la médiation présente à Nairobi.
Le coup de théatre d'une dissidence au sein du CNDP a été monté pour faire pression au mouvement et lui faire céder sur ses doléances politiques. Il en est de même de l'ostentation que Kinshasa a fait de la visite du chef d'Etat Major Rwandais à Kinshasa, en même temps presque, que Obasanjo. Tout cela pourrait se révéler, sous peu, n'être que du bluff élegant, y compris la présence en fin de semaine à Nairobi, des chefs d'Etat des pays des Grands Lacs. La patience et la détermination du CNDP à ne pas céder sur ses revendications politiques, nécessaires à la paix et au développement, restent le seul atout pour ramener la communauté internationale et le gouvernement congolais à la raison. La RDC a besoin de normaliser ses relations avec le Rwanda, soit! Mais elle a encore plus urgemment besoin d'une vision objective, d'un leadership et d'une gouvernance capable de sortir le pays de l'abime dans lequel il plonge de plus en plus. Si Obasanjo et Mkapa veulent passer à la posterité comme de grands hommes d'Etat, une fois qu'ils ont vu que les revendications du CNDP sont une réalité objective, différente des slogans dénigratoires que l'establishment kinois, onusienne, NGOienne, et médiatique leur prêtent, ils devraient faire comprendre à leurs mandataires qu'il y a urgence de changer leurs propres termes pour que cette négociation aboutisse à quelque pas positif. Ce n'est pas seulement le futur du CNDP et de la RDC qui est en jeu. C'est la nouvelle indépendance de l'Afrique qui est en jeu. Ou on veut la laisser entre les mains de ceux qui veulent la coloniser à vie, ou on écoute ses propres fils qui veulent la construire. Et nous avons des signes évidents qui montrent à quel point l'ONU aimerait jouir d'une tutelle sur la RDC de telle sorte que celle-ci puisse continuer à être le porte-monnaie de certains!