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Tuesday, 17 February 2009

CHOMEUR

CHOMEUR (S) CHERCHE (NT) BOULOT

Il y a beaucoup de chômeurs qui cherchent du boulot à l’Est de la RDC. L’orthographie bizarre de mon titre se justifie par le fait que tous ne cherchent pas le même poste, et n’ont pas les mêmes compétences. La liste des chômeurs individuels ou collectifs dont il est question n’est pas exhaustive. Vous pouvez donc en rajouter. Commençons selon l’ordre d’ainesse.

Chief Olosegun Obasanjo

Il y a peu, je disais que l’homme était à nouveau dans le coin. En discutant avec un ami sur ce qu’il est venu faire, j’ai exposé mon constat comme suit: suivant le discours du vieux routier de la dictature home grown, je veux dire sur le continent, le vieux voudrait aller à Nairobi présider aux discussions entre le gouvernement de Kinshasa, et les mai mai, pareco et altri, et le cndp. En un mot il veut aller à Nairobi ressusciter le programme fétiche de Kabila, c’est-à-dire le programme amani mort et enterré depuis longtemps. Le “guru” fabriqué par Ban Ki Moon n’a pas de pouvoirs miraculants capables de resusciter quoi que ce soit. Il n’a pas capté que ces groupes sont déjà avec le gouvernement. En plus aucun d’eux, pas même le cndp de Kamanzi (que j’écris désormais en miniscule) n’est interlocuteur du gouvernement dans les négociations suspendues. Je disais donc à mon ami que j’esperais bien que le vieux ne croyait pas emmener Kamanzi et ses copins à Nairobi, les deux n’ont rien à y faire. Mon ami m’a dit littéralement ce qui suit: You know he is looking for a job, he is idle, he does not have any thing to do. C’est vrai, l’on peut facilement comprendre qu’un vieux dictateur chômeur de surcroît, veuille offrir son savoir-faire pour servir à asseoir une jeune dictature. Et s’il insiste sur un Nairobi III, après une visite à Kinshasa et à Goma, en sachant que le trio Kamanzi, Munyampenda et Ntaganda ont vidé leur propre contentieux avec Kinshasa, c’est juste pour donner à Thsibanda l’occasion de proposer l’allocation des ministères au trio. Mais cela ils peuvent le faire à Goma, après tout le patronage direct du Rwanda dans l’évolution actuelle suffit à Kabila tout aussi bien qu’au trio. Ce que le vieux ne peut pas faire c’est faire oublier qui est l’interlocuteur du gouvernement congolais au sujet de la faillite de leadership. Je le dirai encore, s’il veut faire partie de l’histoire de la stabilité dans les Grands Lacs, il doit rappeler à Kigali et Kinshasa que cet interlocuteur demeure, et que tôt, plutôt que tard, il faudra revenir à Nairobi avec lui, je veux dire le CNDP de Nkunda qui existe toujours, même si le général Amisi fait croire aux congolais que l’intégration éclair des troupes a consacré la dissolution de la destinée d’un pays.

Désiré Kamanzi

Pendant que les forces du CNDP semblent effectivement integrées dans les operations en cours, Kamanzi a trouvé un boulot à temps complet. Mais son équipe ne semble pas se retrouver dans le bateau qu'elle a elle-même construit. Chaque membre de l'équipage mu par ces propres intérêts, la superficialité, le manque de ressources compétentes, sème déjà de la zizanie. Ce qui a la facheuse conséquence de saper l'engin qui se trouverait au bord du nauvrage en ce moment. Pour essayer de se sauver et de sauver son engin, on rapporte qu’il a élaboré ce qu’il appelle “aide-mémoire”, qu’il tenterait d’appeler Cahier des Charges juste pour créer suffisamment de confusion dans l'esprit des gens. Son aide mémoire est malheureusement une resonnance du TPD, du Serufuli tout craché. Il ne sait donc pas poser les questions politiques que la gouvernance catastrophique de Kabila ne fait qu’aggraver. Il ignore complètement les signes qui nous indiquent clairement le genre de dictature que Kabila est entrain d'établir. D’ailleurs il parait qu’en soi, Kamanzi ne cherche que le ministère de la culture.

Etant donc un peu perdu dans sa propre magouille, l’équipe de Kamanzi s’emploierait maintenant à faire la cour aux politiques du vrai CNDP pour se donner une certaine crédibilité devant l'opinion nationale et surtout devant les patrons de la RDF. Cette équipe craint pour son propre sort dès lors que les fidèles du vrai CNDP et de Laurent Nkunda restent complètement à l’écart de la magouille kamanziste. C’est que le fait que tous les défenseurs de la cause de Nkunda restent à l’écart de l’imbroglio kamanziste commence à susciter des questions, de plus en plus, surtout de la part des diplomates étrangers.

Mr Kamanzi et son equipe devront commencer à penser que la recherche d’un autre boulot devra être envisagée. L’aventure, qui consiste à usurper le nom du CNDP illicitement et illégalement pour tirer avantage d'une oeuvre basée sur des valeurs inaliénables à laquelle ils n'ont même pas participle, est sur le point de se perdre comme une goute dans les meandres de l’histoire kivutienne. Il y a des gens qui pensent que c’est une aventure de brigands qui n’aura pas de happy end. Serufuli et même Munyakazi commencent à voir qu’il n’y a là que du bleuf!

Nous pourrions aussi parler du chômage des gars de la RDF si les opérations doivent s’arrêter d’ici la fin du mois. Que vont-ils faire dans le pays pacifique qu’est le leur et avec une si maigre cueillette des FDLR, ils ne sont même allés au Sud Kivu où se trouvent les affaires florissantes de cette organisation criminelle. Mais il y a d’autres missions de paix au Darfour, en Somalie, et ils pourraient toujours s’arranger avec Kabila pour revenir (comme casques bleus?), tout en veuillant à ce que celui-ci informe son Etat major, son parlement et son gouvernement officiel, et bien entendu avec une loi stipulant leur présence pour un délai plus long. Kabila est parfaitement capable de faire gober tout cela aux congolais. On continuera avec les chômeurs plus tard, je me sauve.

Monday, 8 September 2008

Fédéralisme: Vers une restructuration du système étatique au Congo/Zaïre (I)

1. Introduction

a) Des limites du concept d’Etat Moderne appliqué à la réalité africaine du point de vue historique

Le panorama de l’Afrique contemporaine laisse croire que celle-ci est encore, au moins à bien d’égards, à la recherche de son indépendance. La chute des idéologies qui ont entretenu la guerre froide a révélé avec insistance que la forme d’Etat-Nation héritée de la fameuse Conférence de Berlin ne répondait pas aux réalités africaines. En effet, le nombre d’années d’indépendance correspond presque au nombre de conflits endémiques qui ont ravagé le continent depuis l’époque de la décolonisation jusqu’ à ce jour, quoi que les guerres africaines d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose en commun avec les rebellions des années 1960. Le continent totalise à lui seul, le plus grand nombre de populations réfugiées et/ou déplacées. Le sous-développement chronique qui en découle ressemble à un gouffre béant, bien qu’il tienne aussi à d’autres facteurs graves comme le manque d’une éducation adéquate, l’irruption de la globalisation et ses multiples effets, le cancer de la corruption, et les maladies pandémiques pour n’en citer que quelques uns.

La mention des conflits est faite dès à présent car c’est à première vue la conflictualité en Afrique qui a menacé très tôt la forme de l’Etat-Nation. Mais avant d’examiner d’autres raisons de la faiblesse de cette forme de gouvernance politique, il faut immédiatement disqualifier deux sortes d’opinion à propos de la violence en Afrique : celle qui veut faire croire que la violence constitue un élément intrinsèque à la culture africaine d’une part ; et d’autre part celle qui soutient que la colonisation a été le pire pour l’Afrique et sans elle, le continent serait en paix.
Ces deux opinions constituent des extrêmes dangereux pour l’identité africaine. Il faut aussi ajouter que ceux qui veulent juger l’Afrique en appliquant les paradigmes du passé occidental ou le modèle de la démocratie libérale n’ont pas toutes les données pour un diagnostic correct et, encore moins, le remède aux complexes problèmes du continent. En effet, ni les solutions inspirées par les théoriciens de la liberté depuis la révolution française, ni celles concoctées par la révolution bolchevique ne peuvent offrir aujourd’hui une clé d’interprétation pour résoudre les problèmes de la Polis africaine. Autrement dit, la logique gauche droite n’est d’aucun secours.

Le poids des conflits, vue à partir de la virtualité des frontières coloniales, n’a pas seulement déstabilisé l’Etat, on pourrait dire qu’il était déjà à la veille de la vague des indépendances, un obstacle majeur à sa formation. De telle sorte qu’il serait légitime de penser qu’il n’y a eu d’Etat que dans la forme et pas dans le fond. Il faut tenir compte du fait que les conflits ont été fomenté par les pouvoirs coloniaux qui, pour régner, suivaient le conseil de Machiavel de diviser. On pourrait pousser la considération jusqu’à affirmer que l’Etat est encore à bâtir au sud du Sahara, exception faite de l’Afrique du Sud, un cas bien particulier. Mais pourquoi l’Etat-il est encore à bâtir?

Aujourd’hui il faut le dire ouvertement puisque l’acception même du concept d’Etat et ce qu’il est devenu en Afrique après 1960 sont une preuve évidente de son inexistence au sens stricte. Il s’agit du concept d’Etat moderne consolidé en Europe occidentale surtout avec les monarchies française, espagnole et suédoise, il y a quelques quatre ou cinq siècles. Ses caractéristiques marquantes sont généralement de grandes armées, un pouvoir économique résultant de taxes et impôts systématiquement prélevés sur la population et une bureaucratie fortement centralisée capable d’exercer une autorité souveraine sur un territoire relativement immense[1].
Sous cette forme, l’Etat s’occupait de l’ordre, de la sécurité, des lois, et de la protection du droit de propriété, ce qui lui a, du reste, permis d’offrir les conditions nécessaires à un accroissement économique sans précédent. C’est cette dimension formelle de l’Etat décrite ci haut qui fait croire que l’Afrique a hérité du temps colonial la forme d’un Etat moderne. Redéfini avec plus de force par la philosophie rationaliste, celui-ci était, cependant, né des conditions spécifiquement européennes qui, d’une manière ou d’une autre, l’ont plutôt exigé.

Le débat contemporain sur la crise de l’Etat est en train de démontrer qu’il portait probablement en soi les limites de son universalisation. D’après certains, il est fort possible que les problèmes sociopolitiques propres à différents contextes géographiques, en ce moment, soient dus au fait d’avoir négligé d’approfondir cette réalité[2]. Voyons en bref en quoi consistait cette réalité à l’origine du concept d’Etat, ce qui permettra d’en montrer les limites, et ainsi poser les prémisses d’une analyse déblayant le terrain pour proposer une structure de l’Etat répondant aux particularités du Congo/Zaïre.
[1] Fukuyama, F. (2004), State-Building. Governance and World order in the 21st Century, Cornell University Press, p.15 (La traduction du titre en français serait: La construction de l’Etat. Vers un nouvel ordre mondial au 21me siècle). C’est dans ce livre où Francis Fukuyama a théorisé son concept de « Failed States », des Etats qui ont échoué, un peu comme des Etudiants recalés aux examens pour n’avoir pas bien appris leurs sujets. Les examens en fonction desquels il juge avec dureté les Etats sous-développés de l’Afrique sub-saharienne sont les critères de développement tracés par les bailleurs de fond. Quoi qu’il ait raison sur bien de points concernant le leadership, il se pourrait qu’il n’ait pas vraiment pensé qu’il n’y avait pas, en Afrique, d’Etats à proprement parler. Il est hasardeux de remettre en question une autorité comme la sienne. Néanmoins, pour de raisons de cohérence historique, il est opportun de revisiter ce concept.
[2] Cruz, A., (1999), Ethos y Polis. Bases para la reconstruccion de la filosofia politica, Eunsa, Pamplona, p. 44. (La traduction de ce titre en français serait : Ethos et Polis. Fondements pour une reconstruction de la philosophie politique)