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Monday, 30 March 2009

L'IMPOSSIBLE DEMOCRATIE DU RAIS

L’une des personnalités qui admirent le plus Joseph Kabila souscrit a l’idée fondamentale selon laquelle le citoyen ordinaire ne sait pas voir le vrai Joseph Kabila. Selon Colette Braeckmann qui vient d’écrire un livre intitulé Vers la deuxième indépendance du Congo, il est une sorte d’antihéros qui a réussi, contre toute atteinte à relever tous les défis. Il serait doté d’une force tranquille et userait à la perfection l’art d’exploiter sa faiblesse pour réussir le coup le plus difficile, c’est-a-dire, isoler l’homme considéré comme étant le plus fort en Afrique centrale aujourd’hui. Aux yeux de Braeckmann, Kabila a réussi à faire isoler le président rwandais, d’un isolement qui confine ce dernier dans le rôle de mauvais joueur.

Ce sont là des paroles d’une admiratrice invétérée. Car on ne saurait trouver autrement des paroles aussi élogieuses au sujet d’une personne dont le leadership s’est caractérisé par dérive constitutionnelle sur dérive constitutionnelle. L’encre n’a pas encore séché sur les journaux qui parlaient encore hier du bras de fer entre le légaliste ex-président de l’assemblée nationale et le dictateur constitutionnel de la RDC, par faucons interposés. Dans un pays où les extrémistes font la loi, on a fait croire au public que la paix en RDC avait un obstacle, le CNDP et son leader Laurent Nkunda. Ensuite on a fait croire qu'en prenant une distance vis-à-vis de l'opération Umoja wetu, l'ex-président de l'assemblée devenait l'autre obstacle à abattre. L'AMP l'a liquidé anticonstitutionnellement sans aucun égard au travail de titan que cet homme a fourni pour installer une démocratie de pacotille à Kinshasa. Il y croyait peut-être quand il distribuait l'argent de Kinshasa à Kindu. Mais en ce moment il doit déjà méditer sur le caractère pacotille de la démocratie dont il a été un architecte clé. Nkunda est arrêté depuis deux mois et je ne sais plus combien de jours. Kamerhe a abandonné l'assemblée nationale. Mais est-ce que cela signifie que la paix, condition de la démocratie est enfin là? Non, absolument pas, parce que le problème de la paix et de la démocratie est tout autre.

Braeckmann a raison, au moins de par le titre qu'elle a choisi. La RDC a besoin d'une nouvelle indépendance, le Chairman du CNDP n'a pas cessé de le dire. La RDC a besoin d'un ressaisissement profond pour retrouver sa dignité. Peut être Kamerhe, qui a des intérêts différents de ceux de Nkunda, son choix de Kabila étant on ne peut plus explicite, l'a aussi réalisé. Un peu tard. Sa réaction, pour avoir été si tardive, a contribué à son lynchage politique personnel, au lieu de réveiller la torpeur du président qui, prisonnier de ses faucons, n'a jamais montré aucun intérêt à restaurer l'indépendance de la RDC, encore moins la dignité du dernier congolais redevenu victime des FDLR une fois que les opérations Umoja wetu ont été déclarées conclues.

Où en sommes-nous aujourd'hui? La majorité présidentielle tripatouille les institutions comme elle le veut. Elle tord et retord toute ficelle visant à consolider le pouvoir dictatorial du chef. Quel nouveau président de l'assemblée peut dorénavant parler de l'indépendance des institutions ou de la séparation des pouvoirs? Aucun. Le prochain sera encore plus inféodé aux caprices de la majorité et son boss, surtout s'il tient aux privilèges en USD et autrement, que son poste procure. Même chose sur le plan militaire: on a cherché la confusion, on l'a installée et le peuple est absolument sans défense. On a abondamment parlé du succès à 95% de l'opération Umoja wetu. Mais au Rwanda comme en RDC l'on sait que l'échec était inévitable d'abord parce que parmi les FARDC il y avait déjà des FDLR qui étaient donc impossibles à désarmer étant FARDC; que les PARECO qui ont intégré les FARDC pour l'opération Umoja wetu constituent un groupe armé à majorité FDLR (groupe créé par la 8ème région militaire pour combattre le CNDP quand le président a déclenché la guerre contre ce mouvement); et que la grande partie des FDLR controlant les mines du Sud-Kivu n'ont pas été inquiétées (c'est seulement maintenant que des forces se déplacent pour aller su Sud-Kivu et au Maniema), recevant ainsi une large marge de manœuvre en termes de temps et d'espace. Ce qui est étonnant c'est que les stratèges militaires rwandais aient concentré leurs efforts contre le CNDP en négligeant ces détails qui allaient, juste avec un peu de temps, montrer que la démarche de deux gouvernements serait un fiasco. C'est en tout cas ce qui s'avère pour le Rwanda, car la RDC a, en soi, consolidé son alliance avec les FDLR, ce qui donne à ces dernières la voie vers la réalisation de leur dessein, nuire assez dangereusement à leur pays d'origine et à la région. Elles ont tous les atouts maintenant, surtout que le cndp de Kamanzi ne peut pas les arrêter dans leur tentative.

Le mouvement des troupes vers le sud est donc trompeur, sa raison d'être demeure la possibilité pour les FDLR de contrôler la frontière et menacer effectivement. Ce mouvement qui vise aussi la dispersion de l’armée du CNDP peut se révéler dangereuse pour la RDC. On voulu a tout prix annihiler le CNDP, son chef et son armée. On espère avec cela donner un coup de grâce a un problème qui se répète inexorablement, a savoir les tensions su sein de l’armée. Il n’est pas nécessaire de rappeler les expériences de Kitona, de Kamina et du camp Kokolo. Les causes de ces expériences de triste mémoire sont encore entières, et l’opération Umoja ne comprenait aucune stratégie correspondante à ce mal. En tout cas leur plan semble avoir négligé le facteur le plus destructif, ou tout au moins le plus difficile à gérer en ce qui concerne l'armée de la RDC. Comme l'a souvent répété le Général Nkunda, on ne consolidéra jamais cette armée avant d'avoir affronté les causes de sa faiblesse, les raisons du cycle implosionnel qui l'afflige depuis le temps de la fameuse Force Publique. Les généraux peuvent croire que les soldats comme le peuple n’ont pas de privilèges, mais l’on récolte ce que l’on a semé. Et ici on est encore en train de semer la zizanie qui ne produira jamais du blé. Encore une fois, ce n’est ni Kamanzi, ni Munyampenda, ni Ntaganda qui empêcheront les tensions dangereuses dont on met en place l’architecture aujourd’hui. Ce qui est certain, c’est que Joseph Kabila, lui, est en train de préparer
les élections de 2011. En ayant renforcée la puissance des FDLR, il peut se passer d’un Kamerhe. L’intégration forcée de l’armée lui assurera également une campagne à l’arme comme en 2006. Il se prépare bel et bien à une autre impossible démocratie.

Friday, 13 March 2009

LES RAISONS DE LA DISTRACTION CONTINUE

Nous avons parlé du dépeçage territorial qui n'émeut ni le chef de l'Etat ni son gouvernement. Nous avons aussi parlé de la crise institutionnelle qui guette le parlement et que le leadership corrompu est en train d'essayer d'étouffer en recourant comme d'habitude à la grande distraction. Cette crise institutionnelle étouffée ou pas est présente. Joseph Kabila a toujours cru que la paix au Kivu ferait oublier les congolais tous les autres malheurs qu'un gouvernement incapable inflige au pays depuis que ce jeune homme a hérité le pays qu'il entend gouverner en vrai dictateur. Si je n'étais débordée, je crois qu'Il serait temps de continuer mon analyse en anglais sur ce qui a mal tourné pour que nous en soyions arrivés là. Le président s'est toujours arrangé pour faire croire aux congolais et à ses parrains que seul le CNDP était un obstacle à la paix. Les apparences de la situation vont jusqu'à faire croire qu'il ne manque plus que l'extradition de Nkunda pour parfaire la pax kabiliana. Mais c'est là encore une distraction. Nkunda et le CNDP énervent souvairenement le rais parce qu'ils détiennent la clé de la porte vers la paix, mais la paix du peuple, pas la paix de quelques faucons friands du dollar facile.
A propos du dollar, voici ce que l'agence Belga rapporte : "La monnaie de la République démocratique du Congo (RDC), le franc congolais, a repris sa dégringolade face au dollar et à l'euro, en dépit de mesures prises par le gouvernement, a rapporté jeudi la radio onusienne Okapi. La barre des 800 francs congolais (FC) pour un dollar américain a été franchie mercredi à Kinshasa sur le marché noir. Et il faut plus de 1.000 francs pour obtenir un euro.En trois mois, la monnaie congolaise a perdu plus de 35% de sa valeur face au billet vert, entraînant du coup une flambée des prix de biens de consommation - dans un pays où le revenu moyen par habitant est d'un dollar par jour -, a souligné Radio Okapi, parrainée par l'ONU. Sur les marchés de Kinshasa, l'augmentation des prix de produits alimentaires est proportionnelle du taux d'inflation. Un sac de cossettes de manioc se négocie ainsi actuellement à 45.000, voir 47.000 FC, soit une augmentation de plus de 30% par rapport à fin décembre 2008. Il en est de même pour le maïs. Le prix d'un bidon d'huile de palme est passé de 9.000 à 15.000 FC, alors qu'un sac de riz de 25 kilos s'écoule aujourd'hui à 24.000 FC, contre 19.000 FC en début février. Un carton de poisson est acheté à 40.000FC contre 30.000 FC en fin décembre.La devise de la RDC avait déjà connu un premier accès de faiblesse début janvier, avant que le gouvernement de Kinshasa et la Banque centrale du Congo (BCC) ne prennent une série de mesures, dont un relèvement du taux directeur d'intérêt par palliers de 28 à 63%. La monnaie congolaise était ainsi remontée au taux de 650 FC pour un dollar (550 sur le marché parallèle) après une chute brutale - de l'ordre de 20% -, avec des taux qui avaient alors atteint plus de 900 francs pour un dollar. Mais les interventions de la BCC ont réduit ses réserves en devises étrangères, qui avaient chuté en février à 36 millions de dollars - soit un à deux jours de couverture des importations, selon un expert.La RDC, qui tente de se remettre des suites d'une longue guerre civile et régionale, entre en 1998 et 2003, est touchée de plein fouet par la crise économique mondiale et la chute des cours de ses matières premières, bien que celui du cuivre ait rebondi en raison de la faiblesse des stocks, a expliqué un spécialiste du dossier à l'agence BELGA. Face à la baisse de ses recettes, le gouvernement tente de les "maximaliser" en réclamant des régies financières qu'elles collectent davantage et plus rapidement les impôts et taxes. Kinshasa compte aussi sur l'aide des donateurs internationaux. La Banque mondiale (BM) a annoncé le 27 février l'octroi d'une aide de 100 millions de dollars à la RDC, en faisant l'un des deux premiers pays - avec l'Arménie - à bénéficier d'une nouvelle facilité de prêts d'urgence.Cette aide doit permettre de financer des importations indispensables de biens et de matières premières, de payer des enseignants ainsi que les factures d'eau et d'électricité de l'Etat".
Vous avez là une autre raison colossale de la distraction, prouvant que l'extradition d'un Nkunda ne suffirait pas pour sauver Kabila et ses institutions chancelantes. On ose croire que ses nouveaux alliés (et Louis Michel) soient capables de lui faire entendre raison. Le Nord-Kivu, et la RDC puisqu'on y est, ont besoin de la vision de leadership qu'a le CNDP. Vous pouvez penser que c'est tiré par les cheveux, mais c'est le moment où Kabila devrait affronter une négociation directe avec le CNDP. Il est déjà conscient que la dissidence n'a été qu'une perte de temps. A moins qu'il ne la considère comme un regain de terrain pour ses troupes supplétives, les FDLR. Je dis que ses alliés devraient le lui faire comprendre, et il ne s'agit pas seulement de l'Etat Major rwandais. Je pense aussi à ces diplomates qui représentent les puissances occidentales. Pour faire plaisir au rais, ils ont tous contribué activement ou passivement à montrer une image peu flatteuse du CNDP. Il est temps que cela change. L'échec des opérations ambitieusement appelées Umoja Wetu doit leur servir d'occasion de ressaisissement. Il temps de penser au congolais. C'est vrai que les temps économiques sont mauvais. Mais c'est là une raison de plus de se ressaisir car la loi de la jungle régissant les corporations qui sucent la RDC, par le truchement du gouvernement de Kabila, n'est pas la solution pour le développement tant attendu par le peuple. Comme Nkunda n'a cessé de le dire, il faut changer d'approche et vite. Il faut cesser de parler de son extradition car il faut bien parler de sa libération prompte. Il y a du travail que les soldats rwandais restés au Nord-Kivu après la parade du 25 février ne sauraient mener à bien. Par contre le CNDP oui, puisqu'il était déjà avancé avant le fameux voyage de James Kabarebe à Kinshasa en janvier!