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Tuesday, 31 March 2009

QUAND LES ELEPHANTS SE BATTENT

On dit bien que c'est l'herbe qui en pâtit. A regarder la RDC de près, en tout cas son peuple, ses citoyens ordinaires et courants, on comprend bien le sens illustratif du dicton. Seulement on ne sait pas combien d'élephants se battent et pour combien de temps, sur le territoire national. Le bras de fer, qui s'est soldé par l'éclipse politique de l'homme qui a le plus contribué à faire accepter Kabila en RDC, était de l'ordre de la bataille d'élephants même si il a pris la forme d'une querelle de parti. A un moment donné, sans être admiratrice de Kamerhe, j'ai cru et même souhaité que l'homme tiendrait tête à l'AMP. Son attitude lui avait gagné l'appui des députés qui voulaient demander des comptes au gouvernement. Le peuple surtout kinois, estomaqué par la resurgence d'une présence rwandaise, s'était spontanément rangé du côté de Kamerhe. Il est aisé de penser que le fragile imaginaire populaire flairait finalement une sorte de renaissance d'un homme d'Etat considéré corrommpu ne fut-ce que par la manière dont il a acheté les élections de 2006. J'ai vraiment cru, au moins par moments, qu'il allait vraiment tenir tête. Quel n'a donc pas été mon étonnement de le voir démissioner avec une telle promptitude, on dirait même une certaine aisance. La raison de ce revirement je l'ai trouvée dans les méandres des arguments compliqués que présente spéctaculairement le "Terminator original" (H. Ngbanda). Ne croyant pas beaucoup ni à sa conversion proclamée, ni à ses points de vue, je lis cependant ce qu'il écrit car, derrière toute cette fumée on peut trouver quelques charbons laissés par un certain feu.

En effet il a fait circuler sur le net un document faisant état d'une manoeuvre ayant pesé lourd dans la décision de Kamerhe. Voici en quels termes il nous présente la chose: " Car la veille de sa démission, Kamerhe venait de jeter le pavé dans la marre en écrivant au ministre des finances et au Président de la Cour des Comptes pour leur demander de diligenter une enquête sur la sortie frauduleuse de fond effectuée le 19 mars 2009 à la banque centrale du Congo au profit de l’Assemblée nationale, sans qu’aucune autorité compétente de cette institution ne l’ait ordonnée ni moins encore réceptionnée. Pourtant, le Comptable publique principal de la Banque centrale a bel et bien décaissé 1.150 000 $ (un million cent cinquante mille dollars américains) sous le code comptable 0536. Mais seulement, personne au Parlement n’est au courant de cette opération. Ou plutôt si ! Vital Kamerhe qui nage dans la même marre aux crocodiles avait été pleinement prévenu par ses antennes que c’est «son rival» (entendez «Joseph Kabila») qui a ordonné cette sortie de fonds pour financer l’opération de «soutien du moral des députés AMP» et autres en sa faveur. Et voilà que brusquement, mercredi 25 mars, alors que plus de quatre cents députés l’attendaient depuis 10 heures dans l’hémicycle pour la plénière, Kamerhe s’amène vers 13 heures seulement pour lâcher la bombe : « …tout en vous remerciant pour avoir cru à l’action que nous avons menée ensemble ici dans notre institution, je vous prie de bien vouloir accepter ma démission sans débat ni vote» ! Explosion de joie dans les rangs des députés de la majorité présidentielle, stupeur dans le camp de l’opposition, et plus particulièrement dans le groupe des dissidents de l’AMP qui avait cru en Kamerhe et qui voient leur pilote sauter en parachute et les abandonner en plein ciel agité par la tempête! "

Le Terminator, qui s'y connaît dans ce genre d'affaires, n'hésite pas à affirmer que Kamerhe est tombé dans la même trappe que JP Bemba. Ce qui me fait penser à une autre bataille d'élephants qui, en aout 2006 et en mars 2007, a meurti tellement l'herbe populaire qu'elle ne s'en remet encore pas. La chose la plus terrible, c'est qu'il y a des élephants encore plus gros et plus forts, capables de reduire les bataille ci-haut décrites en simple bagarres d'adolescents. J'ai affiché, il y a quelques jours un article sur le FMI. Les kabilistes avec Kabila en tête ont refusé mordicus d'opérer la révision des contrats chinois. Une des choses que le général Nkunda a dite en provoquant intensément le courroux des kabilistes, c'était que le peuple congolais avait le droit d'exiger la révision de ces contrats. Nous savons tous que cette exigence n'allait pas venir d'un parlement qui dit oui-oui à un exécutif prédateur. Or qu'en est-il de cette situation aujourd'hui? Les fameuses institutions de Bretton Woods n'avaleront jamais le troc sino-rdcongolais portant sur une exploitation léonine des mines en échange d'infrastructures encore invisibles. De quel pouvoir disposait Kinshasa pour resister à la pression? Aucun. Le résultat est là. La Chine est puissante, mais elle cultive aussi son image et sa place parmi les puissants. Elle n'est pas prête à saborder tout cela pour les beaux yeux des faucons kabilistes. Moyennant quoi, elle ne déboursera que le tiers des 9 milliards sur lesquels comptait Kabila pour réaliser les "cinq sentiers". A cette allure, ce ne sera vraiment plus que des sentiers! Surtout si pour la destruction de chaque adversaire politique, il faut puiser dans les coffres qui devraient financer les infrastructures potentielles... Voilà donc comment l'herbe populaire congolaise est savamment piétinée par les grands élephants de ce monde. Il faudra bien qu'il y ait pas seulement un Nkunda, mais bien un bon nombre qui veuille parler et défendre les victimes de ces batailles féroces entre élephants aveuglés par une cupidité sans mesure.

Monday, 30 March 2009

L'IMPOSSIBLE DEMOCRATIE DU RAIS

L’une des personnalités qui admirent le plus Joseph Kabila souscrit a l’idée fondamentale selon laquelle le citoyen ordinaire ne sait pas voir le vrai Joseph Kabila. Selon Colette Braeckmann qui vient d’écrire un livre intitulé Vers la deuxième indépendance du Congo, il est une sorte d’antihéros qui a réussi, contre toute atteinte à relever tous les défis. Il serait doté d’une force tranquille et userait à la perfection l’art d’exploiter sa faiblesse pour réussir le coup le plus difficile, c’est-a-dire, isoler l’homme considéré comme étant le plus fort en Afrique centrale aujourd’hui. Aux yeux de Braeckmann, Kabila a réussi à faire isoler le président rwandais, d’un isolement qui confine ce dernier dans le rôle de mauvais joueur.

Ce sont là des paroles d’une admiratrice invétérée. Car on ne saurait trouver autrement des paroles aussi élogieuses au sujet d’une personne dont le leadership s’est caractérisé par dérive constitutionnelle sur dérive constitutionnelle. L’encre n’a pas encore séché sur les journaux qui parlaient encore hier du bras de fer entre le légaliste ex-président de l’assemblée nationale et le dictateur constitutionnel de la RDC, par faucons interposés. Dans un pays où les extrémistes font la loi, on a fait croire au public que la paix en RDC avait un obstacle, le CNDP et son leader Laurent Nkunda. Ensuite on a fait croire qu'en prenant une distance vis-à-vis de l'opération Umoja wetu, l'ex-président de l'assemblée devenait l'autre obstacle à abattre. L'AMP l'a liquidé anticonstitutionnellement sans aucun égard au travail de titan que cet homme a fourni pour installer une démocratie de pacotille à Kinshasa. Il y croyait peut-être quand il distribuait l'argent de Kinshasa à Kindu. Mais en ce moment il doit déjà méditer sur le caractère pacotille de la démocratie dont il a été un architecte clé. Nkunda est arrêté depuis deux mois et je ne sais plus combien de jours. Kamerhe a abandonné l'assemblée nationale. Mais est-ce que cela signifie que la paix, condition de la démocratie est enfin là? Non, absolument pas, parce que le problème de la paix et de la démocratie est tout autre.

Braeckmann a raison, au moins de par le titre qu'elle a choisi. La RDC a besoin d'une nouvelle indépendance, le Chairman du CNDP n'a pas cessé de le dire. La RDC a besoin d'un ressaisissement profond pour retrouver sa dignité. Peut être Kamerhe, qui a des intérêts différents de ceux de Nkunda, son choix de Kabila étant on ne peut plus explicite, l'a aussi réalisé. Un peu tard. Sa réaction, pour avoir été si tardive, a contribué à son lynchage politique personnel, au lieu de réveiller la torpeur du président qui, prisonnier de ses faucons, n'a jamais montré aucun intérêt à restaurer l'indépendance de la RDC, encore moins la dignité du dernier congolais redevenu victime des FDLR une fois que les opérations Umoja wetu ont été déclarées conclues.

Où en sommes-nous aujourd'hui? La majorité présidentielle tripatouille les institutions comme elle le veut. Elle tord et retord toute ficelle visant à consolider le pouvoir dictatorial du chef. Quel nouveau président de l'assemblée peut dorénavant parler de l'indépendance des institutions ou de la séparation des pouvoirs? Aucun. Le prochain sera encore plus inféodé aux caprices de la majorité et son boss, surtout s'il tient aux privilèges en USD et autrement, que son poste procure. Même chose sur le plan militaire: on a cherché la confusion, on l'a installée et le peuple est absolument sans défense. On a abondamment parlé du succès à 95% de l'opération Umoja wetu. Mais au Rwanda comme en RDC l'on sait que l'échec était inévitable d'abord parce que parmi les FARDC il y avait déjà des FDLR qui étaient donc impossibles à désarmer étant FARDC; que les PARECO qui ont intégré les FARDC pour l'opération Umoja wetu constituent un groupe armé à majorité FDLR (groupe créé par la 8ème région militaire pour combattre le CNDP quand le président a déclenché la guerre contre ce mouvement); et que la grande partie des FDLR controlant les mines du Sud-Kivu n'ont pas été inquiétées (c'est seulement maintenant que des forces se déplacent pour aller su Sud-Kivu et au Maniema), recevant ainsi une large marge de manœuvre en termes de temps et d'espace. Ce qui est étonnant c'est que les stratèges militaires rwandais aient concentré leurs efforts contre le CNDP en négligeant ces détails qui allaient, juste avec un peu de temps, montrer que la démarche de deux gouvernements serait un fiasco. C'est en tout cas ce qui s'avère pour le Rwanda, car la RDC a, en soi, consolidé son alliance avec les FDLR, ce qui donne à ces dernières la voie vers la réalisation de leur dessein, nuire assez dangereusement à leur pays d'origine et à la région. Elles ont tous les atouts maintenant, surtout que le cndp de Kamanzi ne peut pas les arrêter dans leur tentative.

Le mouvement des troupes vers le sud est donc trompeur, sa raison d'être demeure la possibilité pour les FDLR de contrôler la frontière et menacer effectivement. Ce mouvement qui vise aussi la dispersion de l’armée du CNDP peut se révéler dangereuse pour la RDC. On voulu a tout prix annihiler le CNDP, son chef et son armée. On espère avec cela donner un coup de grâce a un problème qui se répète inexorablement, a savoir les tensions su sein de l’armée. Il n’est pas nécessaire de rappeler les expériences de Kitona, de Kamina et du camp Kokolo. Les causes de ces expériences de triste mémoire sont encore entières, et l’opération Umoja ne comprenait aucune stratégie correspondante à ce mal. En tout cas leur plan semble avoir négligé le facteur le plus destructif, ou tout au moins le plus difficile à gérer en ce qui concerne l'armée de la RDC. Comme l'a souvent répété le Général Nkunda, on ne consolidéra jamais cette armée avant d'avoir affronté les causes de sa faiblesse, les raisons du cycle implosionnel qui l'afflige depuis le temps de la fameuse Force Publique. Les généraux peuvent croire que les soldats comme le peuple n’ont pas de privilèges, mais l’on récolte ce que l’on a semé. Et ici on est encore en train de semer la zizanie qui ne produira jamais du blé. Encore une fois, ce n’est ni Kamanzi, ni Munyampenda, ni Ntaganda qui empêcheront les tensions dangereuses dont on met en place l’architecture aujourd’hui. Ce qui est certain, c’est que Joseph Kabila, lui, est en train de préparer
les élections de 2011. En ayant renforcée la puissance des FDLR, il peut se passer d’un Kamerhe. L’intégration forcée de l’armée lui assurera également une campagne à l’arme comme en 2006. Il se prépare bel et bien à une autre impossible démocratie.