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Monday, 6 April 2009

LE RETOUR MEDIATIQUE DU RAIS

Une interview à un journaliste du New York Times. C’est vraiment le retour par une grande porte médiatique. Mais on ne peut pas dire que cela présage un retour diplomatique. L’entrée en la matière par une question directe du journaliste au sujet des accords secrets entre Kinshasa et Kigali déclenche une déclaration brutale de la part du rais. Très peu diplomatique. Veut-il fâcher les autorités rwandaises ? A-t-il fait un deal avec la France lui permettant d’utiliser un langage aussi provocateur envers ses alliés rwandais dont le président disait encore tout récemment que l’amitié avec Kinshasa était solide ? Jugez vous-mêmes cet extrait en anglais. La question du journaliste était de savoir si le rais faisait confiance aux rwandais. En gros, il répond qu’il n’est pas question de confiance mais d’intérêts. Et en matière d’ intérêts: “What are Rwanda's interests in the Congo? I like to believe that they are the same. But if there is a hidden agenda, and Rwanda's interest is more or less controlling the mining concessions and all that, illegally, and if they have a hand in each and everything that goes on in North and South Kivu, then we're still a long way from trust. Let's give them the benefit of the doubt, once again, probably for the last time”. http://www.nytimes.com/2009/04/04/world/africa/04kabilatranscript.html?pagewanted=1&_r=1


Joseph Kabila est en train d’avertir ces alliés que les incursions militaires rwandaises comme la toute dernière risquent de ne plus se répéter. Mais qui lui a donné l’ordre de faire des déclarations de cette teneur, juste en ce moment où l’ONU par la bouche de Ban Ki Moon, commence à reconnaitre que le résultat des accords secrets entre la RDC et le Rwanda est plutôt une situation plus fluide et volatile. http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=30378&Cr=democratic&Cr1=congo Le secrétaire général de l’ONU se plaint déjà du manque d’engagement politique. http://lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=79559&id_edition=4604 Evidement c’est une plainte hypocrite parce qu’elle part de l’hypothèse d’une réussite en terme d’intégration militaire du CNDP et des groupes armés. Les lecteurs de ce blog se souviennent de la réserve que j’ai émise ici, car la réussite d’une intégration militaire en RDC ne peut pas se faire sans affronter les questions politico-sociales d’une taille énorme qui ne sont pas encore affrontées. L’hypocrisie ne s’arrête pas là, il gémit parce qu’il veut des troupes pour grossir sa Monuc qui irait continuer les affaires avec les FDLR dès lors que le rais assure que les rwandais ne peuvent plus revenir.

Nous ne pouvons pas connaitre le plan des vautours, mais ils en ont, si non le rais ne parlerait pas avec autant d’arrogance de ses alliés du mois dernier. Mais ce que nous pouvons dire en toute certitude, c’est qu’il savoure ouvertement sa victoire sur ses mentors. J’ai l’ai dit ici que c’était lui le gagnant, et il le déclare haut et fort. S’il est gagnant dans sa compétition personnelle avec les autorités rwandaises, le peuple kivutien lui demeure le perdant. Il a besoin d’une voix qui place au-dessus des intérêts politicailleurs et au-dessus des guerres des chefs, les intérêts du peuple. Je n’ai jamais caché mon soutien au CNDP de Laurent Nkunda, bien que je n'en fasse pas partie, et cela parce que je connais bien son cahier des charges.et crois comprendre la vision claire qu'il a pour l'Est de la RDC. Celui-ci demeure un passage obligé déjà formulé pour une vraie défense des intérêts du peuple. Kinshasa le sait, au moins toute l'équipe qui négociait à Nairobi; la communauté internationale le sait. Il est temps que les hommes au pouvoir arrêtent de le contourner. Finalement, un détail de la personnalité du rais qui m’a amusée: il collectionne des motos donc, vieux et nouveaux. A chacun ses hobbies, moi je cultive de violettes africaines! Je croyais qu’il collectionnait des voitures assez solides pour aller de Kisangani à Kindu sans accroc. Son retour médiatique, s’il prend du momentum, nous révélera sans doute d’autres détails que Colette Braeckmann ne nous a pas encore fournis.

Thursday, 8 January 2009

LA BLAGUE!

C'est donc Julien Paluku qui a su convaincre Kinshasa que Bosco Ntaganda marcherait pour une bagatelle de 250.000 US$? Prélevés où? On se le demande: les contrats chinois? Les recettes de Katumbi, ou les pauvres salariés ayant encore un salaire en RDC. Je ne connais de Ntaganda que ce qu'en disent les media depuis son association avec Thomas Lubanga jusqu'aujourd'hui. Mais j'ai du mal à croire qu'il serait d'une telle stupidité comme l'a cru Julien Paluku. La seule récompense qui serait alléchante pour Bosco Ntaganda, si quelqu'un veut l'utiliser pour détruire Laurent Nkunda, serait l'annulation du mandat d'arrêt que le procureur Moreno Ocampo a dressé contre lui. Et même alors, je ne crois pas que ce Ntaganda serait stupide pour accepter une telle impossible promesse. Une impossible promesse quand on sait la difficulté légale importante qui force le Conseil de sécurité de l'ONU à une incapacité d'annuler ce genre de mandat. J'ose croire que Ntaganda sait très bien que le CNDP le protège mieux que personne, et que quiconque lui promettrait l'annulation de ce mandat serait un ignorant et un menteur. Peut- être Paluku croit que c'est possible de le faire disparaitre comme on fait avec les titres fonciers des pauvres agriculteurs du Nord-Kivu à Goma! C'est ridicule de penser qu'il suffit de 250.000 US$ pour acheter une cause qui non seulement n'a pas de prix monétaire, mais est bien plus grande que tous ceux qui luttent pour la défendre pris aussi bien individuellement que collectivement.
Coup de chapeau aux dirigeants du CNDP qui se sont abstenus d'en faire un cas démesuré. Ils savent très bien que Julien Paluku a voulu faire monter un coup spéctaculaire en contactant lui-même la BBC au nom de Ntaganda. L'attitude "cool" de la part du CNDP a eu l'effet escompté: le coup de Paluku n'aura été qu'un coup d'épée dans l'eau, incapable de couper quoi que ce soit. C'est l'effet qui s'observe depuis lundi jusqu'aujourd'hui.
Kinshasa ne sait plus quoi inventer pour tronquer les négociations avec le CNDP. La communauté internationale non plus car, comme on le voit, elle essaie de transposer la solution des questions politiques internes de la RDC au niveau régional. Il semble que Mkapa doit temporiser autant qu'il le peut à Nairobi, pour deverser dans un meeting des présidents des Etats des Grands Lacs à la mi-Janvier. Mais pour quoi faire? Juste pour éviter les questions de fond que pose le CNDP. La communauté internationale préfère payer beaucoup d'argent pour une énième photo op des poignées des mains entre Chefs d'Etats dans la capitale Kenyane, plutot que d'affronter le vide de leadership qu'elle contribué à créer à Kinshasa.

Monday, 15 December 2008

KEEPING A PAGER ON KAREL DE GUTCHT (II)

Se sachant doublé par le Parrain (avec majiscule) de Joseph Kabila sur terrain, ayant perdu le défit lui lancé par Ban Ki Moon de trouver des forces européennes pour amorcer une fois pour toutes la guerre régionale dont Kabila et les FDLR revent depuis si longtemps, et probablement un peu dépité par le fait que l'ONU n'ait pas adressé sa fameuse lettre directement à la France ou à l'Angola, maintenant Karel de Gutcht "salue le récent dialogue bilatéral noué entre le Rwanda et la RDC etc...". On dirait de la comédie s'elle n'était pas d'un mauvais gout notoire.
Mordant comme tout le monde à l'hameçon du fameux rapport des Nations Unies établissant que le Rwanda et la RDC appuient les groupes armés, il estime qu' "aussi longtemps qu’il n’est pas mis fin à l’appui aux groupes armés, ceux-ci continueront leurs actions et leurs épouvantables violations des droits de l’Homme ». On pourrait lui retorquer qu'aussi longtemps que lui et la communauté internationale n'ont pas mis fin à l'appui à un régime dont la légitimité a un prix qui tient le peuple congolais dans la misère, la communauté internationale et la Belgique seront coupables des violations massives du droit des peuples à disposer d'eux-memes.

Wednesday, 8 October 2008

À QUOI RIMENT LES CONDAMNATIONS EN CASCADE?

  • Il y a quelques jours, le CNDP a rendu publiques des précisions nouvelles à la formulation de sa lutte. Personne n'est surpris des condamnations en cascade qui pleuvent sur le leader du Movement, simplement parce qu'il a osé affirmer, par téléphone, à quelques journalistes étrangers, le malaise profond qui imprègne le pays. Les condamnations de la part du leadership de Kinshasa et de toute la communauté internationale sont proportionnelles à leur dernière manoeuvre manipulatoire: quand "l'éminente" Braeckman insinue une rumeur sur son blog, il s'agit toujours d'une alerte à dimension et portée internationale. Et elle avait suggéré que le leader du CNDP serait ou grièvement blessé, ou mort sur le champ de bataille, et dans le meilleur des cas, il serait hospitalisé, à Kigali bien sûr. Le networking entre les médias, le leadership à Kin et la communauté internationale forme une ligue puissante, si puissante que la hiérarchie militaire des FARDC, comptant sur la vraisemblance de la rumeur, a montré les biceps. J'ai rapporté ici les propos du général Kayembe.
  • La sortie, pour le moins ostensiblement remarquée, du Général Nkunda a sans doute été une surprise pas très agréable pour cette ligue qui défend des intérêts absolument opposés au bien-être du peuple. D'où l'immédiate condamnation d'abord de la Monuc, ensuite de Ross Mountain, les dernières en date étant celle du département d'Etat amercain par Robert Wood, et celle du familier de la politique Congolaise qu'est Karel de Gutch. Que cachent ces déclarations fracassantes qui sont invariablement accompagnées par le rappel au CNDP de regagner le programme Amani. On dirait que ces messieurs ne lisent pas l'actualité car, on le sait bien, le CNDP a expliqué inlassablement pourquoi il s'est retiré du programme. Une de ses dernières correspondances avec Mr Alan Doss affirme catégoriquement le refus de regagner le programme et les raisons qui motivent ce refus. Cette espèce de sourde oreille ou d'aveuglement voulu que le leadership de Kinshasa et la communauté internationale affichent contre le CNDP est une stratégie presque mobutienne. Au lieu de traiter un adversaire respectueux avec respect en dialoguant avec lui, on préfère l'ignorer comme si cet ignorance était capable d'enrayer les questions politiques qui fondent la dissidence de l'adversaire. Si l'on peut comprendre cette attitude dans le chef d'un Kabila qui se caractérise par le mutisme en public, tout en se laissant mener par les divisionnistes de son équipe, on ne comprend pas du tout pourquoi la communauté internationale, qui prétend emmener la paix et la démocratie, se range invariablement du côté d'un pouvoir qui opprime le peuple. Ce peuple fait piètre figure en gobant indistinctement les mensonges des médias qui disent que le Congo n'a pas besoin de libération! Un peuple tenu en otage par un pouvoir qui ne fait rien est un peuple opprimé, qu'il l'admette ou pas. Et n'en déplaise aux nombreuses associations de la société civile (si vile disent certains?) du Nord comme du Sud-Kivu, car l'on sait que leur existence et leur survie tient à un discours divisionniste et même proprement raciste.
  • A quoi rime alors l'appui que la communauté internationale donne indéfectiblement à un pouvoir qui plonge le pays dans un marasme endémique? Car leur clameur contre la déclaration de Nkunda n'a d'autre raison que soutenir le régime de Kabila. Ces condamnations ne seraient-elles pas un aveu voilé de la peur? Après tout le droit d'un peuple à se soulever contre une dictature, soit-elle approuvée par un Robert Wood, un Karel de Gutch, un Alan Doss etc., fait partie de l'ancienne et vieille déclaration des droits de l'homme que l'Illuminisme français a rédigée pour la posterité. Son cadre général est celui du droit des peuples à disposer d'eux-même. Je ne partage pas du tout la vision illuministe de la politique, mais par contre je trouve parfaitement honnête le droit à l'insurrection comme ultime recours quand on n'en a plus d'autres. La constitution française de 1793 qui a le plus influencé les constitutions africaines après l'indépendance fut la première à décreter que quand un gouvernement bafoue les droits du peuple, l'insurrection est même un acte sacré que le peuple se doit de poser. Même à ce niveau, le leader du CNDP semble être en avance sur les politiciens budgétivores qui peuplent le leadership kinois. L'appui de la communauté internationale au programme Amani est simplement la dernière, en date bien sûr car il y en aura d'autres, des ambiguïtés qu'adopte cette communauté dans les affaires des Grands Lacs.
  • C'est évident qu'il y a des enjeux au niveau du pouvoir global qui doivent être protégés. Mais le CNDP n'est pas un danger pour une globalisation inclusive. Il est un danger pour une politique internationale à double langage. Et cela, ces acteurs là le savent et ils craignent cette détermination à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Leurs condamnations en cascade sont des réactions défensives. Les congolais savent très peu de choses sur les groupes étrangers qui se partagent le gateau sur leur dos. Ce sont ces mêmes groupes qui soutiennent un gouvernement aussi prédateur que son armée. En février 2008, Keith Harmon Snow publiait un rapport frustrant sur les entreprises minières qui tiennent en otage le leadership congolais, à tel point qu'il affirme que le duel entre Kabila et Pierre Bemba n'était qu'une bagarre entre deux black gatekeepers for the mining cartels run by dynastic families. Quoi que ne partageant pas ses opinions, j'avoue qu'il semble bien connaître ces cartels. Et il en donne la liste, que j'estime non exhaustive, puisqu'on sait de quel côté il penche lui-même. Si les congolais ne se contentaient pas de répéter des slogans médiatiques servis par les sbires du gouvernement, ils pourraient voir la vérité en pleine figure. Il suffit de la chercher.
  • Cela commence à arriver. L'article laborieux du professeur Kä Mana, que j'ai posté hier, en est la preuve. Il y a des passages qui sont capables d'émouvoir par leur sincerité. Il avoue qu'il était comme tout le monde, convaincu que "le CNDP n'était qu'un mouvement d'anéantissement de la nation congolaise au profit du Rwanda (...). Cette évidence que je portais en moi et qui me portait consciemment ou inconsciemment comme elle porte beaucoup de congolaises et de congolais n'a pas résisté à l'épreuve de la réalité que j'ai vue". Cette réalité là lui a fait voir, entre autre, la vacuité du langage de la hiérarchie militaire congolaise qui continue avec acharnement son option belliciste. Il n'est pas le seul à avoir constaté cela. En voici un autre http://www.congoone.net/Allstory.php?Id=1354
  • Il faut du courage pour un congolais de reconnaître que toute la rhétorique contre Nkunda et son CNDP n'est qu'un voile pour empêcher le peuple de se prendre en charge, et de se débarrasser de l'oppression. Tous ceux qui, en ces 72 heures, ont déversé des condamnations dans les médias supposent que l'insurrection du peuple doit être une prise de pouvoir par la force ou par les armes. Ils oublient que Marcos a été chassé du pouvoir par un peuple entier qui s'est pacifiquement insurgé contre lui en ne bougeant pas de devant son palais. Les armes ne crépitent au Kivu que parce que le gouvernement surmilitarise la zone et travaille avec les FDLR. Seul Kinshasa utilise un langage de guerre que, malheureusement, la communauté internationale d'aujourd'hui ne condamne pas!