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Friday, 6 February 2009

UNE CHRONIQUE PRESQUE PRECISE

Nous y reviendrons absolument, surtout parce que d'après les informations qui arrivent du terrain, c'est certain que les rwandais ne sont pas à la recherche des FDLR qui ne sont pas inquiétées outre mesure! Lisez attentivement l'analyse and please comment freely and read Bagambiki's comments on yesterday's posts, very interesting as usual.




OPINION: Un coup de poker sur la vie et la mort
5 februari 2009 (OPINIE) - Note d'analyse sur le Nord-Kivu.


A. Le phénomène Nkunda


L'ombre du général rebelle Laurent Nkundabatware a pesé lourdement sur la République Démocratique du Congo depuis l'investiture de la Troisième République après les élections du 2006. Pendant la guerre, Laurent Nkunda faisait partie de l'armée du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), où il s'est fait remarquer surtout comme un des responsables des tueries que le RCD a commises à Kisangani en mai 2002.
Au début de la transition, en juillet 2003, Nkunda était appelé, comme tout autre haut cadre militaire des ex-belligérants, à se rendre à Kinshasa pour rejoindre la nouvelle armée républicaine qui devait être unifiée dans les années suivantes. Laurent Nkunda n'a jamais rejoint l'armée nationale ; sur ordre de son hiérarchie politique du RCD, il est resté en dehors de la transition. La stratégie de cette rébellion était de garder un scénario B dont Nkunda était la masterpiece : il devait reprendre les armes dans le cas d'une défaite électorale, et il est resté derrière avec une force militaire qui échappait entièrement aux efforts de brassage.
En juin 2004, il a occupé pendant presque deux semaines la ville de Bukavu, encore sur ordre de sa composante, mais le fait qu'il n'a pas pu maîtriser ses troupes quand elles ont commencé à tuer, violer et piller la population s'est retourné contre lui. Même s'il est resté un facteur important de déstabilisation depuis lors, il n'a rien entrepris dans la période des élections en 2006. Ce calme s'inscrivait dans un climat de confiance renforcée à ce moment entre le Congo et le Rwanda où ce dernier pays trouvait que la candidature de Joseph Kabila n'était finalement pas une mauvaise chose pour ses intérêts économiques et sécuritaires. Laurent Nkunda aurait pu empêcher l'élection de Kabila avec une action bien ciblée en octobre 2006, mais il a laissé prendre le cycle électoral prendre son cours.
Pendant les premières années de la transition, le problème Nkunda a continué à exister et est devenu un vrai phénomène. Il recevait des appuis de différentes sources :
Sa milice était un outil pour mettre une pression militaire pour atteindre un objectif fondamentalement politique : celui d'une élite politique du RCD/ Goma d'obtenir plus d'espace dans les institutions de la Troisième République. Cette élite se sent frustrée : après avoir occupé un grand nombre de mandats pendant la transition, elle a presque disparu du paysage politique actuel.
Nkunda recevait un appui important des milieux privés commerciaux dont les acteurs étaient en général tutsi (congolais et rwandais). La présence de la milice de Nkunda leur permettait de pérenniser l'impunité économique dont ils avaient besoin pour continuer l'exploitation des ressources naturelles du Congo. Celles-ci continuent à échapper à tout contrôle étatique congolais et disparaissent toujours par des circuits parallèles
Nkunda recevait un appui du Rwanda, qui continuait à soutenir sa rébellion pour effectuer une pression sur le gouvernement tant que celui continuait à tolérer les actions militaires des FDLR sur son territoire. Actions qui prenaient d'ailleurs place dans une synergie, même complicité avec des officiers des FARDC sur le terrain au Nord-Kivu. En fonction de cela, le Rwanda fournissait un appui logistique (encadrement médical, nourriture, même munition) et envoyait même des unités des RDF (Rwandan Defense Forces) à des moments décisifs lors des opérations militaires.
Tout cela est suffisamment décrit dans l'excellent rapport des experts des Nations Unies qui a été publié en décembre 2008.
Le problème Nkunda a pu se développer en phénomène à cause d'une mauvaise gestion de la question de l'unification de l'armée congolaise, qui restait dans une logique 1+4. En 2007, le président Kabila a essayé de neutraliser Nkunda par la force. Pour ce faire, il a concentré plus de 20.000 soldats des FARDC autour de Goma. En décembre 2007, il a finalement attaqué les positions de Nkunda, mais il a perdu.
Cette humiliation, et le fait que la population était très frustrée parce qu'il n'y avait aucune amélioration de ses perspectives socio-économiques, sont à la base de la chute libre de la popularité de Kabila à l'est.Au cours de l'année 2008, Laurent Nkunda commençait à s'établir une autonomie propre :
En octobre 2008, il changeait le discours autour de sa mission : au lieu de défendre la communauté tutsi contre les FDLR, il commençait à exprimer des ambitions nationales et parlait de combattre la mauvaise gestion et de revoir les contrats chinois etc.
En fonction de cela, il lançait une offensive de charme en utilisant la presse pour présenter une image moins belligérante et plus politique, même intellectuelle de lui-même
Dans cette période, il intensifiait les contacts avec d'autres forces de l'opposition congolaise, notamment avec le MLC et le BDD,…
Grâce à un système de taxation de la population à Rutshuru et Masisi, et grâce à ses contacts directs avec des entreprises minières, Nkunda réussissait à s'établir aussi une autonomie économique.
D'un agent loyal qui obéissait aux ordres de son hiérarchie et de ses maîtres, Laurent Nkunda est devenu en 2008 un facteur considérable dans la région des Grands Lacs. Pour ce qui concerne le Rwanda, certains interlocuteurs m'ont dit qu'il commençait à être considéré comme un acteur qui pourrait jouer un rôle dans la tension entre la partie anglophone et la partie francophone de l'élite rwandaise. Cette information n'est pas facile à vérifier.
Bref, Laurent Nkunda devenait trop grand et devait disparaître. Depuis octobre 2008, il y a beaucoup d'indications que le Rwanda voulait se débarrasser de Nkunda en faveur de Bosco Ntaganda pour le haut commandement. En même temps, le CNDP entamait au Congo et en Europe des efforts de recrutement pour réaliser un renouvellement/ élargissement des cadres politiques.

B. La solitude de Kabila et le Rwanda sous pression

Entre-temps, il était clair que la mise en application de la déclaration de Nairobi, signée le 9 novembre 2007 par les gouvernements rwandais et congolais, et les Accords de Goma (un pour le Sud-Kivu, un pour le Nord-Kivu), était plus que problématique. Les confrontations entre différents groupes armés sur le terrain n'avaient jamais vraiment cessé, mais à partir du 28 août, une nouvelle polarisation militaire montait en escalades dans des combats à l'arme lourde, où le CNDP a conquis à deux reprises la base militaire de Rumangabo (y compris des stocks d'armes et de matériel), avec comme summum sa marche sur Goma, qu'il a arrêtée le 29 octobre 2008 aux portes de la ville parce qu'il se rendait compte qu'il n'avait pas les structures nécessaires pour gérer la ville, et que la communauté internationale n'accepterait jamais que Goma tombe dans ses mains.
Pendant que les troupes de Nkunda avançaient, les FARDC avaient fui la ville, laissant derrière la population sans protection. Quand il devenait clair que Nkunda n'allait pas prendre la ville, une partie de l'armée « régulière » est revenue pour piller cette même population, démontrant ainsi que les FARDC restent, jusqu'à nouvel ordre, plus une partie du problème qu'une partie de la solution.
Les différentes initiatives diplomatiques se cristallisaient dans la Conférence de Nairobi du 7 novembre, organisée sous les auspices de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs (CIRGL), mais avec un cachet onusien et entre autre un appui de Louis Michel. …
Joseph Kabila, impuissant avec son armée fantôme devant le CNDP appuyé par le Rwanda, a sollicité un soutien militaire. L'envoi de troupes a été pris en considération par plusieurs instances (on en a discuté entre autre à l'Union africaine, au SACD, à l'Union européenne et dans des pays individuels comme l'Angola) mais finalement personne n'est venu en aide. Il ne lui restait plus d'autres options que d'arriver à un accord avec le Rwanda.
De son côté, le Rwanda venait de passer des mois difficiles. En plus des inconvénients créés par les mandats d'arrêt contre des personnes-clé du régime par les juges Jean-Louis Buguière et Fernando Andreu en France et en Espagne, le Rwanda était dans une discussion pénible sur la publication du rapport sur l'observation électorale par l'Union européenne en septembre 2008. En décembre 2008, le rapport des experts des Nations Unies était publié avec beaucoup de détails sur l'implication du Rwanda dans la déstabilisation de la Troisième République à travers le CNDP. La Suède et les Pays-Bas ont immédiatement supprimé une partie de leur aide budgétaire, et dans la presse britannique étaient publiés des appels très explicites pour mettre fin à l'appui massif du régime rwandais. Le Rwanda commençait à vivre le sentiment fortement désagréable et inhabituel qu'il ne pouvait plus se permettre tout ce qu'il voulait, et ce sentiment rendait le régime très nerveux.

C. L'Opération conjointe

L'opération conjointe entre les armées rwandaise (RDF) et congolaise (FARDC) qui s'est déployée le 20 janvier 2009 au Nord-Kivu pour démanteler les FDLR et mettre fin à la rébellion du CNDP est un exercice qui a été en très grande partie élaboré par deux personnes avec une très grande autonomie par rapport à leurs hiérarchies : le Chef de l'Etat-major rwandais James Kabarebe et l'Inspecteur Général de la police congolaise John Numbi. Le Haut Commandement des FARDC (sous la direction du Général Didier Etumba) est resté entièrement en dehors du processus de planification. Ni le gouvernement, ni les présidents du Parlement et du Sénat n'ont été informé de ce qui se préparait
Le jeudi 22 janvier, 60 heures après le commencement de l'Opération conjointe, Laurent Nkunda a été arrêté sur le sol rwandais. Cette arrestation a été rendue publique dans un communiqué signé par John Numbi comme Chef d'Etat-major de l'Opération conjointe. Le but était d'extrader Nkunda déjà le samedi 24 janvier à Kinshasa, mais la rumeur de son extradition a causé une très grande animosité parmi les officiers du CNDP, dans les camps de réfugiés tutsis congolais sur le sol rwandais et dans l'armée rwandaise. L'extradition n'a pas eu lieu, et Nkunda reste sous résidence surveillée au Rwanda, dans un statut légal pas clair : au Rwanda, il n'y a aucune inculpation contre lui, la CPI n'a entamé aucune procédure contre lui, et l'extradition au Congo n'a pas eu lieu.
L'incertitude du sort de Nkunda cause une grande nervosité dans les rangs du CNDP, dont les officiers ne veulent pas se brasser sans savoir ce qui se passera avec Nkunda. Ceci fait que la partie du contrat à remplir par Bosco Ntaganda (intégrer le CNDP aux FARDC) devient très compliqué. De son côté, Ntaganda a reçu des promesses que le Congo ne le livrera pas à la justice internationale
La place occupée par Bosco Ntaganda dans l'Opération conjointe (Chef-adjoint d'Etat-major !) pose beaucoup de problèmes pour les représentants de la communauté internationale sur le terrain. A cause du mandat d'arrêt de la CPI contre lui, ils refusent de le rencontrer ou de participer à des réunions/ cérémonies où il est présent. Dans les milieux gouvernementaux congolais, on trouve cette attitude un peu hypocrite : on se demande si les crimes de guerres de Ntaganda sont tellement plus graves que ceux du Général Amisi (ex-RCD), surnommé Tango Fort, qui occupe une place importante dans l'armée congolaise sans être inquiété par la CPI, et que les diplomates ne refusent pas de rencontrer. Les membres de la société civile avec qui j'ai parlé sur la question de Ntaganda trouvent tout simplement que le fait de donner une position à Bosco Ntaganda est une insulte posthume à l'adresse de tous les Congolais qui ont été tués à cause de la guerre.
Tout ceci veut dire que l'Opération conjointe est surtout menée par le RDF avec le CNDP non-brassé, dont une partie est passé par une espèce de Mixage Light. Même si l'Etat-major est dans les mains de John Numbi, les FARDC sont presque absentes.
La Monuc n'est pas du tout impliquée, elle a été gardée en dehors de la planification et de l'exécution de l'Opération conjointe. L'opération fait parfois appel à la Monuc pour des interventions logistiques (transport,…) ou en termes d'approvisionnement (eau,…), mais elle ne partage aucune information avec la mission onusienne.
Lors de mon passage, il n'y avait pas encore eu des confrontations à grande échelle. Il y avait seulement quelques escarmouches limitées, sans qu'on sache clairement entre qui et qui. Les mouvements sur le terrain étaient surtout une recherche de positionnement.
Selon les informations qui m'arrivaient, les FDLR sont surtout en train de se rendre mobiles en envoyant leurs familles au Rwanda et en vendant leurs biens et leurs vaches. Selon mes sources, ils construisent un front sur l'axe Kaheshe – Ombo – Bunyakiri, et ils se préparent à protéger leurs zones d'intérêt économique.
La question sera : comment l'Opération conjointe réalisera-t-elle son objectif militaire ? Il paraît exclu d'encercler les FDLR. L'Opération risque de se déployer comme un bulldozer qui poussera les FDLR plus loin dans le Congo, avec peut-être le résultat qu'ils sombreront dans des groupuscules plus petites, plus désespérées et plus dangereuses. Mais ils ne disparaîtront pas du terrain et après le départ du RDF (dont le calendrier reste à voir…), ils pourront se regrouper, donnant au Rwanda le prétexte de revenir plus tard au moment où cela leur convient.

D. Coup de poker sur la vie et la mort


Aussi bien à Bukavu qu'à Goma, une bonne partie de la population semblait donner à Kabila l'avantage du doute. Certes, les FDLR et le CNDP ont été à la base de tellement de malheurs, d'insécurité et de pauvreté que les gens étaient prêts à accepter des troupes rwandaises sur le territoire congolais pour les faire disparaître. Cependant, personne n'a oublié les conséquences des promenades antérieures du Rwanda en RDC, et que psychologiquement ce n'est pas évident de se faire libérer aujourd'hui par ses bourreaux de hier. Mais après tout, l'Opération conjointe s'inscrit dans la déclaration de Nairobi de novembre 2007, et l'intensité diplomatique des derniers mois entre le Rwanda et le Congo l'avait fait pressentir. Certains de mes interlocuteurs constataient même une modeste remontée de la popularité de Kabila à l'est du Congo
Mais les gens avaient peur de la façon dont l'opération se passerait. Il y a un risque très réel de victimes civiles, vu le fait que les FDLR habitent dans certains endroits presque au milieu de la population. Il y a aussi un risque que l'Opération conjointe prenne chaque Hutu qui se trouve sur le territoire congolais pour un combattant FDLR (ce qui ne correspond à aucune réalité). L'implication du Pareco (milice avec une grande participation des Hutu congolais) dans l'Opération conjointe aurait été très utile pour éviter cela, mais le Pareco a décidé de ne pas participer à l'Opération conjointe.'
Une bonne partie de l'opinion publique à l'est du Congo croit que les troubles créés par Nkunda étaient non seulement tolérées mais même encouragées par certains pays européens suite à la frustration qu'ils ont dû céder leur place à la Chine à côté de Kabila. Aussi la formulation et le timing du Plan Sarkozy inquiètent beaucoup de gens : ils trouvent que le plan a comme objectif de pérenniser la réalité que ce n'est pas la population congolaise qui profite de l'exploitation des ressources naturelles de la RDC, et que le Plan Sarkozy impose donc des limites à la souveraineté du pays.
La population trouve qu'elle a droit d'être informée. Même si elle est prête d'accepter qu'il y a un accord entre les gouvernements congolais et rwandais, elle veut savoir les termes de cet accord. Elle veut savoir combien de soldats rwandais sont invités pour faire quoi au juste, et quelle sera la stratégie de sortie. Ce déficit en communication de la part du chef d'état érode un peu plus la crédibilité des institutions de la Troisième République.
Les alliances entre le Congo et le Rwanda d'un côté, et entre les FARDC et le CNDP de l'autre, sont des mariages de raison avec très peu d'amour. Kabila n'avait pas d'autres options parce que personne n'était prêt à venir en aide devant une situation qui était politiquement et militairement humiliante ; Kagame n'avait pas d'autres options parce qu'il se trouvait devant un changement de ton de la part de ses partenaires qui avaientt toujours été loyaux.
En se lançant dans une Opération conjointe, les deux prennent un risque. Si l'Opération réussit, ils en sortiront tous les deux renforcés, aussi bien sur le front intérieur que sur la scène internationale. Si l'Opération conjointe échoue, ils vont tous les deux en payer un prix.
Pour Kagame, l'ensemble de ses bailleurs se comporteront de façon plus critique ou qui pourrait même se désolidariser complètement du Rwanda
Pour Kabila, l'enjeu est encore plus grand. S'il ne peut pas soumettre à court terme des résultats positifs (intégration totale du CNDP aux FARDC, neutralisation des FDLR, retour du RDF au Rwanda) sa position pourrait devenir intenable avec :

  • Un Parlement et un Sénat qui ont commencé à jouer leur rôle démocratique de questionner l'exécutif.
  • Une opposition qui est très critique à l'égard de l'action gouvernementale.
  • Une presse nationale qui s'exprime de façon très expliciteo Une population à l'est qui a perdu sa confiance en lui depuis longtemps et qui lui reprochera d'avoir ouvert les portes au Rwanda sans que le problème des FDLR ait été résolu.
  • Une population kinoise qui lui est restée hostile après la disparition de Bemba de la scène politique et parce qu'elle n'a jamais vu améliorer ses conditions de vie depuis les élections.
    Ceci veut dire que la survie politique de Kabila dépend d'une Opération conjointe dont le volant n'est pas dans les mains de l'armée congolaise mais dans les mains du Rwanda.


Auteur: Kris Berwouts, Directeur EurAc.

http://www.mo.be/index.php?id=50&tx_uwnews_pi2%5Bart_id%5D=23937&cHash=2141817fe2

Thursday, 29 January 2009

AUTOPSIE D'UN POTOPOTO

L’ONU PATAUGE ET TOUT LE MONDE AVEC


La récente évolution de la situation dans l’Est de la RDC semble très compliquée. Pourtant, à y regarder de près, ceux qui en ont eu l’idée ont dû croire que tout serait bien simple. La progression de la situation commence à faire voir que le but réel de toute cette histoire n'est pas d'abord de combattre les FDLR. Ceci ne servait que de pretexte, assez convaincant d’ailleurs, malgré la douceur avec laquelle les vautours (ou lobbies selon l’expression civilisée) les traitent. Je disais donc que le but était autre.

Autopsie d’un potopoto

Aujourd’hui on peut voir au grand jour qu’il s’agissait plutôt de détruire ou alors de diluer les forces du CNDP dans les FARDC. La tournure objective que prenaient les négociations de Nairobi a rendu nerveux certains individus très influents dans les cercles rapprochés du pouvoir aussi bien à Kigali qu’à Kinshasa. Voir l’Etat et la communauté internationale tenir en compte des revendications politiques du CNDP, et partant en envisager des solutions, n’a certainement pas plu à ces individus là. Tout le monde a bien en mémoire que c’est le puissant Kudura Kasongo qui avait dit publiquement avant le deuxième Nairobi que le round suivant aurait lieu à Kinshasa. On affirmerait difficilement que les accords surprises qui ont donné lieu au potopoto d’aujourd’hui soient l’oeuvre de deux Etats, mais bien plutôt de quelques personnalités avec une certaine vaine kamikaze. Enfin, les déclarations frustrées de Kamerhe, celle de Didier Etumba et la cacophonie au parlement etc... sont révélatrices. Ceux qui meuvent les pions de l’échiquier politiques congolais, et qui probablement sont derrières Kamerhe, ont certainement été pris de court aussi. Le défaut de calcul dans le chef de ceux qui ont tramé la situation actuelle est tripple : ils ont misé sur le mauvais cheval, ils ont agi avec une précipitation dont la logique est difficile à voir, et ils ont voulu écraser le héraut infatigable de la restauration de la dignité du Kivu et de la RDC à savoir le CNDP et son chef. Une des conséquences immédiates de cette triple faille, c’est que les vautours-lobbies commencent à exiger l’arrestation du mauvais cheval, Bosco Ntaganda et par ricochet, de Laurent Nkunda(http://www.amnestyusa.org/document.php?id=ENGAFR620012009&lang=e&rss=recentnews). C’est dommage qu’Amnesty International demande ceci sans jamais avoir demandé la prosecution des FDLR. Mais c’est pour cela que j’appelle ces organisations des vautours. On y reviendra. Avant de toucher l’ONU, posons de toute façon les questions qui s’imposent :

a) Que fera Kabila de Ntaganda avec la pression de HRW, ICG, Amnesty International ? De toute manière il devra aussi trouver le cadre politico-légal pour son invitation lancée au Rwanda pour que la RDF vienne pourchasser les FDLR. Donc :
b) Quelle explication rationnelle a-t-il à ce sujet ?
c) Puisque la RDF est intervenue sur son invitation, va-t-il leur livrer aussi la cinquantaine des FDLR qui oeuvre à ses côtés dans les institutions de la RDC. N’est-ce pas grâce à eux qu’il peut se taper le luxe d’avoir tous les vautours de son côté, et donc du côté des FDLR. Et cette dernière question montre que du côté des Afandes il y a eu aussi des failles de calcul. Kabila ne laissera jamais personne pourchasser les vrais chefs FDLR en RDC. On ne brûle sa propre maison que si l’on veut se suicider.

Quand l’Onu patauge

En date du 19 janvier 09, Alan Doss félicite le soi-disant leader du CNDP (Ntaganda) de bien vouloir cesser les hostilités pour finalement mettre fin à la rebellion. Comme cela, tranquillement, comme si une rebellion comme celle-là disparraissait sous l’effet d’une trahison irréfléchie. Mais le representant de l’ONU l’a dit avec un calme anglais trahissant son attente d’une chose qu’il savait jugée « en coulisses ». Le 22 janvier 09, les opérations conjointes RDF-FARDC commencent au grand dam de tous les non initiés aux secrets conconctés par un petit nombre de part et d’autre de la frontière, et Doss s’empresse de dire que sa MONUC n’y participe pas, sentait-il déjà le roussi ? Il glisse aussi en dernière ligne du communiqué que sa MONUC protégerait les civils et assurerait l’intégration de groupes armés, entendez qu’il s’attendait à tous les officiers du CNDP et leurs soldats, trahissant encore sa connivence dans la destruction de ce mouvement plutôt que dans la chasse au FDLR qui n’a jamais intéressé la Monuc serieusement depuis 1999. Le 23 janvier, content de l’arrestation de Nkunda, il presse les troupes du CNDP à embrasser la paix, mais quelle paix après l’arrestation du chef et l’entrée triomphale de la RDF ? Pour lui la paix en RDC égal l’arrestation de Nkunda, est-ce de la naiveté ou à force d’avoir corrompu, il croit corrompre les fils qui se battent pour leurs parents ? Le même jour Obasanjo renvoie les négociations politiques de Nairobi pour après la réunion des Chefs d’Etats de l’UA. Ses propos inacceptables sur le CNDP font croire qu’il ira défendre encore une fois le programme Amani à Addis-Abeba. C’est ce que Kamerhe avait aussi préconisé dans son regretté plan de sortie de la crise ! Le 26 janvier Alan Doss commence à vouloir participer aux opérations FARDC-RDF et dit soutenir le retour exploratoire des FDLR qui le veulent. Et le 28 janvier il dit ouvertement soutenir les opérations des deux gouvernements. Est-ce de cette manière que Kabila va justifier son invitation de la RDF ? Mais Doss a passé aux actes à sa grande déception : le brassage de Rumangabo hier a été un fiasco. L’AFP qui a le monopole des nouvelles du conflit s’est déjà contredit là-dessus. Check it out here : http://www.monuc.org/news.aspx?newsID=20029 and here http://www.monuc.org/news.aspx?newsID=20016

Que peut-on conclure de tout ceci? Que Kabila et ses récentes alliances se sont trompés. Que la solution aux problèmes congolais et particulièrement le Kivu implique la lutte contre les FDLR, oui mais c’est surtout le problème de la gouvernance dans toute son envergure, c’est-à-dire tel que posé par le CNDP qui est urgent. La solution contre les FDLR viendra de là. En conséquence, au lieu de chercher une ultime resurrection du programme Amani à Addis-Abeba, Olosegun Obasanjo pourrait sauver Kinshasa et Kigali en ramenant Kinshasa et le CNDP de Nkunda (il n’y en a pas d’autre) sur l’étape des négociations atteinte à Nairobi. Kabila pourra sauver sa face en sauvant le vrai plan de la paix. Quant à Kigali, il est temps qu’il comprenne que le CNDP est la voie pour la stabilité attendue, même pour le problème des FDLR. Les citoyens au Rwanda le comprennent mieux que le pouvoir. Les manifestations d’hier ont été reprimées durement, mais la grogne peut et va durer et elle ne manquera pas de se faire sentir aux prochaines échéances électorales.